La princesse et le Savoir

Venez à moi et vous aurez !
My.


Fahima et Abid

Prologue

Les spectateurs s’amassaient devant l’entrée du petit Cabaret Parisien. Encore quelque minutes et ils pourraient entrer à l’intérieur et assister au spectacle tant promis. Une fois que tous furent assis, une belle jeune femme monta sur la scène. Elle avait le port d’une reine avec sa démarche gracieuse et bien droite. Elle était brune aux yeux violets, des lèvres bien roses et une peau pale. Elle était magnifique. Son compagnon de scène tournait le dos à la foule, il avait la tête baissée recouvert d’une capuche et se tenait assis à même les lattes en bois de l’estrade. C’était l’endroit rêvé pour se faire un nom dans le milieu du spectacle car il s’agissait d’un petit cabaret très à la mode chez les notables de la ville. Pour ces personnes, quel que soit le divertissement proposé, ils étaient sûrs que ce serait un plaisir pour l’esprit et les yeux.
L’installation de toutes ses âmes prit énormément de temps, entre les salutations, les discussions politiques ; souvent trop nombreuses dans ce genre de lieux ; et l’organisation du placement en fonction de la classe des invités, une heure était passée. Mais que cela ne tienne, les deux comédiens n’étaient pas pressés. D’ailleurs on pouvait remarquer que tout ce remue-ménage faisait sourire la belle jeune femme. Elle s’accroupit et chuchota quelques mots à l’homme qui cachait son visage. Ses épaules se secouèrent, on pouvait en déduire que lui aussi trouvait riait, mais à aucun moment il ne montra son visage. Elle se releva et marcha à travers toute la plateforme. Elle avait besoin de s’approprier l’espace et d’avoir une vue d’ensemble des spectateurs.  Une fois sa petite gymnastique terminée, elle prit une chaise et la positionna au centre de la scène. Elle était entourée de bougies qui lui donnaient une belle couleur dorée. On pouvait distinguer, les flammes danser sur les murs. Leurs mouvements donnaient vie aux fresques tout autour de la scène. Il y avait également de nombreuses citations philosophiques, mais il fallait vraiment se rapprocher pour pouvoir les déchiffrer. L’actrice attendit encore quelques minutes et frappa dans ses mains. Les têtes de l’assistance se levèrent vers elle et ils commencèrent tous à s’éparpiller pour s’assoir. Une fois tout le monde assit, le spectacle pouvait commencer.
 – Mesdames et Messieurs, nous vous avons invité ce soir afin que vous puissiez assister à notre première représentation. Nous sommes arrivés ici un peu par hasard, attirés par la beauté de la ville et par l’histoire de ce cabaret. Je comprends que vous vous interrogiez sur qui nous sommes et sur ce que nous allons vous présenter. Mon compagnon et moi-même sommes venus de très loin pour vous raconter une légende. Cette légende vous marquera à jamais. Elle vous fera souffrir par sa cruauté et pleurer par sa beauté. Enfin, une belle surprise vous sera proposée juste après. Mais pour l’heure, oubliez tout ce en quoi vous croyez, voici notre histoire. 

1.

Il était une fois dans une contrée forte lointaine, un roi et une reine qui régnaient avec sagesse et humanité. Le roi Aralsane, était un homme sage et bienveillant. Il avait réussi à maintenir la paix entre son royaume et ceux des alentours, il n’avait jamais fui un combat mais préférait la négociation pacifique aux guerres sanglantes. Il était respecté et aimé, tant par ses sujets que de  ses homologues. Sa femme, Kahina, était la reine, une femme généreuse, prête à tout pour aider son prochain et qui ne pouvait supporter la détresse d’un être humain. A eux deux, ils avaient réussi à créer une bulle où la misère n’existait pas. Chacun avait de quoi se nourrir et se vêtir. Ils avaient interdit l’enrichissement abusif, la spéculation et le profit, tout en autorisant les échanges commerciaux avec leurs voisins. Le but était d’enrayer l’injustice. Ceux qui voulaient faire fortune le pouvaient mais en dehors du royaume. Il était interdit de s’enrichir sur le dos d’un compatriote. Aussi étrange que ça pouvait paraître, cela fonctionnait. Le niveau de vie de la population était élevé et le royaume possédait malgré tout une belle fortune. En plus, d’avoir de bons dirigeants, leur territoire profitait à la fois de la beauté des couchés de soleil dans la mer que des monts enneigés. Ils avaient vraiment tout pour être heureux.
Toutefois, la famille royale avait le cœur lourd, Aralsane et Kahina n’avait pas eu la chance d’avoir d’enfant. Malgré de nombreuses tentatives, la vie ne germait pas dans le ventre de la reine. Ils en étaient malheureux mais le cachaient du mieux qu’ils le pouvaient. Pourtant, plus le temps passait, plus on sentait une certaine tension au sein du royaume. Que se passerait-il le jour ou le roi et la reine disparaîtraient ?  Qui prendrait la suite, qui serait capable de maintenir cette utopie ? Le doute et la peur s’installait petit à petit dans le cœur de chacun. Ils avaient tous peur de la disparition de leur bonheur.
Et puis par une nuit d’orage, la délivrance arriva. Une vielle femme frappa à la porte du château pour demander asile pour elle et sa petite fille. Les malheureuses étaient trempées et affamées. Elle avait fait preuve d’une puissante volonté pour amener sa petite fille en lieu sûr. Elle tenait dans ses bras le nourrisson de quelques jours quand la porte lui fut ouverte. La reine s’occupa elle-même de la vielle femme et de l’enfant. Elle essaya de savoir qui elles étaient et d’où elles venaient. La vielle femme s’appelait Sahira. Elle et son ainée enceinte avaient fui un royaume de misère et de violence pour donner un meilleur futur au bébé. Malheureusement, il y a trois nuits de ça, sa fille accoucha et périt, laissant ainsi le bébé seul avec sa grand-mère. Sahira avait alors combattu la fatigue et la faim pour réussir à sauver son unique famille. Elle demanda à Kahina si elle avait eu la chance elle-même d’être mère. La reine la larme à l’œil lui raconta à son tour son malheur de n’avoir pu enfanter. La nuit rapprocha ses deux cœurs lourds de chagrin.  Le lendemain matin, Sahira demanda une audience aux souverains. Le couple royale accepta et elle fût emmenée dans une petite salle du château pour une audience privée. Sahira expliqua qu’elle sentait la vie s’enfuir et qu’elle voulait être sûre que sa belle enfant soit accueillie et aimée. Elle raconta à nouveau son histoire les suppliant d’accepter de garder sa petite fille auprès d’eux, à l’abri des monstres qui vivaient par-delà la montagne. Elle connaissait leur malheur de ne pas connaitre la joie d’être parents et les pressa d’accepter sa petite fille comme cadeau du ciel.
Le roi et la reine virent dans cette proposition une bénédiction, une réponse à leurs prières. Ils acceptèrent. La seule demande que Sahira formula fut de baptiser elle-même sa petite fille. Les souverains acceptèrent de bon cœur, c’était le moins qu’ils pouvaient faire pour celle qui leur faisait le plus beau des cadeaux. La vielle femme disparut le jour même, elle avait quitté le château et le royaume.  Les souverains en avaient déduit qu’elle était partie rejoindre sa fille au ciel.
Dès ce jour, la petite Fahima, devint la fille d’Aralsane et de Kahina. En revanche, son histoire fut cachée et ils racontèrent que la reine avait accouché discrètement dans la nuit pour parer à une éventuelle fausse couche. L’annonce ravit tellement le peuple que personne ne vint à s’interroger sur cette naissance inattendue.

2.

Au fil des années, Fahima grandit et devint une très belle jeune fille. Elle était brune aux yeux noisette. En plus de sa beauté, elle était vive et intelligente. Elle apprenait vite et faisait la fierté de ses parents. Malgré son jeune âge, les rois voisins envoyèrent leur fils pour négocier d’éventuelles fiançailles qui réuniraient les royaumes. Bien sûr, elle n’en accepta aucun. Elle était rebelle et indépendante, elle se trouvait trop jeune pour se marier. Et puis, elle rêvait d’amour et de  passion. Elle souhaitait voyager et découvrir le monde avant de s’installer. Elle eut le soutient de ses parents et les demandes cessèrent.
A quinze ans, le destin de Fahima vira du tout au tout, elle qui avait vécu dans le bonheur, connut sa première tragédie. Son père, le roi, mourut d’une maladie infectieuse qu’aucun médecin ne réussit à soigner. Il fut enterré le jour de son anniversaire. A la suite de la perte de son époux, la reine s’effondra et ne fut plus en mesure de gérer le royaume. Les conseillers décidèrent d’un commun accord de presser Kahina de se remarier afin de maintenir leur Etat à flot. Elle se fit le devoir d’accepter, elle ne pouvait laisser le rêve de son époux sombré avec elle. Voilà, comment le peuple eut un nouveau roi et comment Fahima eu un beau père. Malheureusement, cet homme n’avait rien à voir avec le bon roi d’antan. Ce nouveau roi, qui répondait au nom de Naahil, était vil et violent. Il détruisit l’utopie aussi vite qu’il épousa la Reine. Par la suite, il l’enferma dans une tour pour qu’elle ne puisse pas se mettre en travers de son chemin et força sa belle-fille à se marier au premier prince qui lui permettrait d’accroître son pouvoir et sa richesse.
Depuis l’arrivée de Naahil dans le royaume, Fahima avait pris l’habitude de se balader sous couvert d’anonymat dans le marché de la ville. Elle avait vu la misère s’y installer, la faim et la pauvreté empoigner les âmes autrefois si joyeuses. Un jour, prise par ses rêveries, elle percuta une vielle dame qui était assise à même le sol, avec quelques haillons comme seuls vêtements.
Elle aida la bonne femme à se redresser en s’excusant toute penaude. La vielle dame, la regarda dans les yeux. Fahima fut surprise par ce regard vif et intelligent malgré son âge si avancé. Les seuls mots que prononcèrent la mendiante furent « j’ai faim ». La princesse soutint la miséreuse jusqu’au banc le plus proche et partit lui acheter une brioche au sucre qu’elle lui offrit de bon cœur.
– Comment se fait-il qu’une belle princesse comme vous se balade en ville seule ?
Fahima fut surprise par cette question, comment pouvait-elle savoir qui elle était. Elle ne répondit pas mais les larmes lui montèrent aux yeux. La vielle femme la serra dans ses bras et lui dit tout bas :
– Ton beau-père va vouloir te marier. Il existe une loi dans ce pays qui te permet d’obtenir une dernière volonté à la mort de ton dernier parent.
Fahima sursauta. La mort de son dernier parent ? Sa mère ?
Elle voulut se dégager, mais la vielle femme la retint avec une force que jamais elle n’aurait soupçonnée.
– Ecoute-moi bien et ensuite je te laisserai partir rejoindre ta mère. Le jour ou ton beau-père te mettra sur le marché des femmes à marier, dit lui que tu accepteras comme époux celui qui sera capable de te poser une question à laquelle tu n’auras pas de réponse.
Fahima, la regarda surprise. Etait-elle folle ?
– Ne t’inquiète pas ma fille. Tu seras heureuse.
La bonne femme lui lâcha le bras et la jeune princesse courut au château. Effectivement à son retour au château, elle apparait le décès de sa mère, le désespoir l’avait emporté. Que devait-elle en penser ? Et tout se passa comme les dires de la mendiante, à la mort de sa femme, le nouveau souverain décida qu’il était temps pour sa belle-fille de se marier. Fahima, qui avait retenu le conseil demanda à bénéficier de cette fameuse dernière volonté. Naahil était orgueilleux et vaniteux, il accepta la volonté de sa belle-fille sans trop de mal. Après tout que risquai-t-il ? Il était le Roi !  La jeune fille demanda à se marier à celui capable de lui poser une question intelligente. Il fût rassuré par cette demande, plus rien ne l’empêcherait d’accroître son pouvoir. Un des conseiller ne comprit pas et demanda quelques précisions. Elle expliqua que c’était une question pour laquelle elle n’aurait pas de réponse. La volonté fut prise en compte et le manège commença.

3.

Tous les princes en âge de se marier se précipitèrent les uns après les autres devant la princesse pourtant aucun ne fut apte à l’épouser. Cette mascarade commença à fâcher son beau-père, mais il ne pouvait rien y faire, il avait accepté la requête de Fahima. Seulement, plus le temps passait, plus Naahil fut séduit par la beauté de sa belle-fille. Il l’avait connue alors qu’elle n’était qu’une jeune fille mais aujourd’hui à 18 ans elle était magnifique. Au début, les échecs des princes l’énervaient. A présent, cela l’amusait et l’arrangeait presque. Un jour, il réunit le conseil et leur demanda si lui pouvait prendre Fahima pour épouse. Même s’il était le roi, il savait qu’il ne fallait pas aller à l’encontre de certaines règles sous peine de se voir destituer, surtout celles visant les bonnes mœurs du royaume. Les conseillers virent ça d’un très mauvais œil mais rien n’interdisait cette union, ils n’étaient pas du même sang. Une fois que Naahil eut sa réponse, il lui restait à faire le plus dur : affronter le défi de la princesse. Dans son ancien royaume, vivait une alcine[1] qui saurait l’aider. Il ordonna à ses braves d’aller la chercher. Pendant ce temps, il essaya de séduire sa belle-fille en se montrant plus gentil,  plus tendre et plus attentionné. Fahima ne répondit qu’avec froideur et indifférence à ses démonstrations d’affection. Un jour n’y tenant plus, il attrapa la princesse et lui arracha un baiser. Elle se dégagea et le gifla de toutes ses forces. Naahil prit très mal cet affront et la gifla à son tour. La pauvre jeune fille s’effondra sur le sol.
– Ecoute moi bien, que tu le veuilles ou non, tu seras mienne. Et ce jour-là, dis-toi que tu ne vivras que pour assouvir mes désirs ! lui cria-t-il le regard lubrique.
Il repartit dans ses appartements la laissant seule avec sa honte. Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Pourquoi tout ce malheur ? Elle pleura de désespoir toute la nuit. Elle pria que quelqu’un vienne à elle pour enfin la sortir de ce cauchemar. Le lendemain, la sorcière était là et expliqua à son roi que seul le détenteur du savoir aurait la solution. Il la pressa de donner plus de précisions. Le Savoir s’appelait Abid et vivait dans le royaume de l’Est. Il serait reconnaissable parmi tous grâce à son regard vert. Couleur que seuls les êtres dits hors du commun pouvaient avoir. Naahil ne comprenait pas en quoi un jeune homme aux yeux verts pouvait l’aider. La sorcière rit et lui expliqua qu’il était la réincarnation du savoir ancestral de l’humanité. Il lui jeta une bourse remplie de pièces d’or et la renvoya. Le roi, prépara son cheval et partit à la recherche de cet homme aux yeux verts. Il était hors de question d’envoyer quelqu’un à la recherche de cet homme, Fahima était pour lui seul. Les portes du château furent fermées en son absence. Personne n’était autorisé à rentrer ou en sortir.
Après quelques jours à dormir à la belle étoile et à ne manger que des fruits séchés, il finit par arriver au village et trouver le jeune homme. Il n’avait pas réfléchit à comment l’aborder, alors le roi, décida de se présenter à lui comme un pauvre pécheur à qui on avait enlevé sa femme et sa fille. Abid, le prit en pitié et écouta son histoire.
Naahil, raconta qu’une harpie avait enlevé sa famille et que seule une question intelligente permettrait de les retrouver. Une question à laquelle elle ne pourrait répondre.
Abid, demeura perplexe. Généralement les sorcières posent des questions et attendent des réponses, pas l’inverse. Il accepta malgré tout de l’aider. Pour ce faire il avait besoin de s’isoler. Il lui expliqua qu’il quitterait son village une journée et une nuit pour faire face à la mer. Abid, partit le lendemain dès l’aube.
Naahil fut satisfait, finalement le savoir était un jeune homme naïf sans expérience. Il n’était en aucun cas un être hors norme malgré ce que la couleur de ses yeux disait. Il fit le tour du village en prenant soin de rester à couvert pour que personne ne le reconnaisse. Dès le début de l’après-midi, l’ennui l’emporta. Sa belle-fille s’imposa dans ses pensées. Il devenait fou, Fahima lui manquait et il avait de plus en plus envie de l’obtenir. Pour ne pas sombrer, il partit dans les rues sombres du royaume en quête d’une pauvre femme qui pourrait assouvir ses pulsions. Au détour d’une ruelle, il croisa sa future victime. Son seul malheur avait été d’avoir des traits en commun avec l’objet de ses fantasmes. Il réussit à la convaincre de le suivre et finit par l’isoler dans la forêt. Il la frappa et la violenta. Il l’utilisa comme un jouet pendant des heures. Malgré ses assauts répétés, il n’arrivait pas à rassasier son corps. Il continua d’abuser de sa proie jusqu’aux premiers rayons de l’aube. Là, il l’étrangla et rentra chez Abid sans chercher à dissimuler le corps de la pauvre malheureuse. Il savait que d’ici quelques heures il serait déjà loin, intouchable à la tête de son propre royaume.
Dès que le soleil fut levé, le jeune sage rentra et lui donna l’astuce.
– Mon ami, la question à poser à cette harpie est : Sais-tu quand tu vas mourir ?
Naahil fut surpris par la simplicité de la question. Il s’en voulu de ne pas y avoir pensé par lui-même. Il se prépara à partir mais avant il égorgea son hôte. Ne sait-on jamais.
Il reprit son cheval et repartit en direction du château. Il avait hâte de retrouver sa femme. Le retour fut plus rapide, l’envie de posséder Fahima était si forte qu’il avait fait le parcours d’une traite.
Une fois au château, il convoqua sa belle-fille et annonça leur mariage à la cours présente. Il invita tous les nobles et bourgeois du royaume le soir-même pour fêter ses noces. Les conseillés essayèrent de contrecarrer ses plans en évoquant le défi de la princesse. Il sourit et leur expliqua que tout serait finit au soir. Dès lors, ce fut le branlebas de combat, tout le monde s’activa à préparer cette fête qui finalement ne réjouissait personne. Les servantes durent préparer la pauvre Fahima pour son mariage.  Que ce passait-il ? Pourquoi personne ne s’oppose à ce simulacre de mariage ? Il devait d’abord déjouer son énigme, pourtant il était si sûr de lui. Aurait-il trouvé un moyen ?  La princesse les laissa s’affairer autour d’elle, abattue. Elle se promit de se battre ou à défaut se donner la mort avant qu’il ne puisse poser la main sur elle.

4.

A la tombée du jour, elle fut amenée devant les membres du conseil et son futur époux. Cette seule pensée lui donna la nausée. Naahil, de son côté ne put détacher son regard. Elle était magnifique, elle portait une robe en soie blanche avec de la dentelle et des broderies en fil d’argent. La robe était simple mais mettait en valeur sa taille fine et sa poitrine voluptueuse. Le roi sentit son corps se réchauffer, mais il devait se calmer, bientôt très bientôt elle serait à lui.
– Fahima, la condition que tu avais exprimée pour qu’un homme soit apte à demander ta main était la suivante : qu’il soit capable de te poser une question à laquelle tu n’aurais pas de réponse. Je dois avouer que je n’avais pas compris, je pensais que finalement ce n’était rien de moins qu’un caprice de ta part. Pourtant au fur et à mesure, j’ai vu les jeunes princes se casser le nez sur cette énigme. J’ai parcouru plusieurs kilomètres pour enfin trouver la réponse. Et finalement c’était si simple.
La princesse ne dit rien et le laissa faire son monologue en balayant l’assistance du regard que tous évitaient de croiser. Ils étaient honteux de leur lâcheté et de laisser ce prédateur détruire cette jeune vie.
Elle finit malgré tout par laisser exploser sa colère.
– Ça ne vous a pas suffi de détruire le royaume ? De tuer ma mère ? Vous voulez aussi me détruire moi ? Que vous a-t-on fait pour mériter autant de haine !
– Tu te trompes Fahima. Au contraire, je veux t’aimer tous les jours jusqu’à ce que la mort nous sépare.
La pauvre princesse fut écœurée, il n’y avait pas de place pour l’amour dans son histoire. Elle le voyait à son regard fou.
– Donc Fahima, voici ma question. Sais-tu quand tu mourras ?
La jeune femme accusa le coup, elle n’avait pas la réponse. Personne ne connaissait la réponse à cette réponse. Seul le destin savait quand était l’heure. Pourtant, elle finit par avancer vers son futur époux. Elle s’approchait doucement la tête baissée, une fois arrivée devant lui, Naahil comprit qu’il avait gagné. Elle sera sa femme, son jouet ; d’ailleurs, il comptait en profiter dès cette nuit. Le mariage serait rapide. Une fois arrivée devant lui, elle releva la tête et attrapa l’épée d’apparat qui ornait le costume royal.
– Je suis désolée mais j’ai la réponse. Vous désirez savoir quand est ce que je vais mourir ?
Elle retourna la lame vers elle et la dirigea vers sa poitrine.
– Maintenant ! cria-t-elle avant de se transpercer le cœur.
Naahil sentit la rage l’envahir. Comment avait-elle pu ? Comment avait-elle pu lui gâcher ce plaisir !
Il s’était imaginé la prendre, la posséder, jouir en elle. Et maintenant, elle n’était plus qu’un cadavre froid  à ses pieds. Il hurla de haine. Elle avait fini par gagner.
Ce fut la cohue dans le château, les invités coururent dans tous les sens ; choqués par la mort soudaine de la princesse. Il y avait tellement de mouvements que personne ne vit cette ombre encapuchonnée récupérer le corps sans vie de la jeune femme et partir avec. Un silence de mort régnait, tout le monde avait fui. Le calme était revenu au château.
Le roi s’enferma dans sa chambre et pleura ce plaisir perdu. Il était nu dans son lit à côté du corps sans vie d’une esclave qu’il avait attrapée après la mort de sa belle-fille. Rien n’y faisait, il ne ressentait rien, il ne prenait aucun plaisir. C’était Fahima que son corps réclamait, mais elle n’était plus et jamais il ne pourrait la goûter. Il frappa son oreiller de rage. Soudain,  Il entendit la porte de sa chambre s’ouvrir, il se retourna et vie une ombre s’avancée vers lui, une personne cachée dans une cape. Naahil, fut terrifié par cette apparition. Il se précipita pour récupérer son épée encore tachée du sang la jeune princesse.
–  Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?
L’ombre s’arrêta à quelques mètres de lui et laissa tomber sa cape. Naahil, n’en crut pas ses yeux, sa sirène était devant lui. Elle s’approcha, et se serra contre lui. Ivre de désir il l’enserra dans ses bras et commença à la caresser. Il fut arrêté net dans son envie et s’écroula.
La ressuscitée tenait dans sa main le cœur encore chaud de son bourreau. Elle le jeta au sol et l’écrasa. Du sang gicla et tacha le lit, se mélangeant à celui de la dernière victime de ce roi déchu. Elle remit sa cape et s’en alla retrouver son amour.

Epilogue

La conteuse se leva de sa chaise et s’arrêta au bord de l’estrade. Elle scruta l’assistance et lâcha :
– Et voilà mesdames et messieurs, notre histoire est terminée.
Personne ne dit rien, tous s’observaient sans comprendre. L’homme qui était assis sur la scène se leva et regarda les spectateurs en face de lui. Tous remarquèrent ses grands yeux verts. Il était magnifiquement beau.
– Qu’en avez-vous pensé ?  Finalement qu’est-il arrivé à Fahima ?
Le silence fut la seule réponse.
– Vous me décevez. Normalement, vous êtes tous ici issus d’un milieu dit aisé. Vous avez été dans les meilleures écoles, reçu les meilleurs enseignements. Et pourtant personne ne sait ?
Des murmures commencèrent à s’élever. Leur instinct leur dictait de quitter ce théâtre, mais la curiosité les laissait cloués sur place.
– Je vais vous expliquer. Finalement, Fahima a pu s’en sortir grâce à Abid qui lui a donné un second souffle. Il était effectivement le savoir, mais ce que la sorcière n’avait pas dit à Naahil, c’est que le savoir n’était pas humain. C’était un être immortel qui se nourrit de l’âme des humains. Le roi n’a fait que le réveiller en l’assassinant. Il a compris ce qui se tramait et était venu récupérer son dû. Il y a une autre chose que l’alcine[1] n’avait pas dite au roi. Toutes demandes faites à Abid avaient un prix. En allant le voir Naahil avait offert Fahima. Le jeune homme aux yeux verts est venu récupérer celle qui devint son épouse par la suite.
Un frisson glacial parcourut l’assemblée. Tous commencèrent à comprendre l’horreur de ce qu’ils avaient en face d’eux. Ils se retrouvaient tous pris au pièges avec ces monstres dans ce maudit théâtre. Et pourtant, ils avaient tous entendu parler d’eux, ces anges de la mort qui réparaient les injustices. Ils se regardèrent. Des hommes et des femmes ayant sacrifié père et mère pour réussir, quitte à vendre leur âme au diable. Or, le diable ne s’était pas déplacé mais avait préféré envoyer ses enfants pour récupérer son dû. Il voulait se repaître de toutes ces âmes viles qui s’étaient prostituées pour le pouvoir et l’argent.
La jeune femme, se rapprocha de son compagnon. Ils étaient beaux tous les deux, mais toute rose aussi belle soit elle, avait ses épines. Les leurs étaient terrifiantes et dangereuses. Des supplications s’élevèrent, certains pleuraient, d’autres négociaient des sommes folles en échanges de leur vie. Le couple regarda l’assemblée avec un regard charger de mépris et de haine. Pourtant, c’était avec un sourire aux lèvres, que la jeune femme leur dit :
–  Maintenant vous savez tout. J’espère que vous avez passé une bonne soirée. Je dois juste vous annoncer que mon compagnon et moi avons faim, très faim.
My.




[1]Sorcière

3 commentaires:

Shéraz Angel a dit…

Incroyable histoire, je l'ai adorée et dévorée
Merci pour ce sublime conte .... Est-ce vraiment un conte?
Je l'ai partagé sur ma page pour le faire découvrir à mes amies.
Au plaisir de vous relire, amitiés

Elisabeth.T a dit…

MAGNIFIQUE CONTE OU REVE EVEILLÉ.....JE PARTAGE SUR MA PAGE POUR PARTAGER AVEC LES AMIS .AMITIÉ

Myriam Tassa a dit…

Merci beaucoup Elisabeth T et Shéraz Angel.
J'ai voulu l’écrire comme un conte avec une morale. je ne garantis pas d'y être arrivée mais je l'aime tel quel.
Et n'hésitez pas à partager.

Bonne journée,