Souvenirs d’autan

Peut-on rencontrer la Folie au détour d’un couloir, et en tomber amoureuse ?

My.

Le film de la vie

1.

Il était 10h en ce jour d’Halloween, les premiers touristes commencèrent leur descente des cent trente marches en dessous des rues de Paris. Mylana attendait dans la fraîcheur humide des catacombes que la première visite démarre. Elle connaissait par cœur ce parcours de deux kilomètres de long. La zone ouverte au public n'était qu'une infime partie des dédales qui s'ouvraient sous les pieds des parisiens. Ces anciens tunnels miniers ont été les témoins de la sombre histoire parisienne, au moment où la maladie et la déchéance côtoyaient les habitants de la capitale. Mylana connaissait l’histoire de ce lieu, elle l’avait étudiée.
« Mon dieu que ces escaliers sont étroits. A force de regarder mes pieds pour ne pas tomber j'ai la tête qui tourne. Ils auraient pu améliorer ça pour les visiteurs. »
Apparemment une des visiteuses n'avait pas aimé ce prélude sportif. Elle était rouge pivoine et respirait fort.
« En même temps, ton gros cul en a bien besoin. »
C'était un groupe d'adolescents qui suivait et qui se riait d'elle. La femme se retourna et leur jeta un regard noir mais ne répondit pas.
Mylana maudissait déjà cette visite. Elle sentait que ça ne serait pas si simple. Un conflit de génération s'était déclaré. Une fois tout le groupe en bas, la visite pouvait enfin débuter. Ils s’étaient tous regroupés afin de suivre Nathalie, la guide. Mylana, elle, fermait la marche. Son rôle était de surveiller la chambre des ossements, mais généralement elle accompagnait toujours le premier groupe de la journée jusqu’à son poste. En revanche, elle restait toujours en arrière.  
Elle s'arrangea à chaque fois pour être assez loin du groupe, afin d’éviter tout contact mais assez prêt pour pouvoir les surveiller.

2.

Après quelques minutes, elle entendit des pas derrière elle. Elle se retourna et vit un homme d'environ une trentaine d'années trottiner pour les rattraper.
« Je suis désolé, j’ai traîné et j'ai failli vous rater.
 Aucun problème. La visite vient tout juste de commencer. Nous nous sommes attardés dans la première chambre. Allez rejoindre le groupe, la guide va bientôt démarrer.
 Et vous?
 Ah non, moi je travaille ici. Je suis celle qui s’assure du bon déroulement de la visite.
Le nouvel arrivant l’observa quelque seconde et partit rejoindre les autres. Elle fut frappée par ses yeux verts. Mylana restait toujours en retrait, elle n’avait pas spécialement envie de se mélanger aux visiteurs. Elle voyait qu’il y avait quelques tensions depuis le début. Et puis le groupe de jeunes la mettait mal à l’aise. Certes c’était du délit de faciès, mais elle s’en méfiait et se sentait obliger d’observer leurs moindres faits et gestes. Elle ne souhaitait pas que leurs bêtises troublent ce lieu chargé d’histoire. En faisant le tour des personnes présentes, son regard s’attarda sur le dernier venu. Il se retourna vers elle, comme s’il l’avait senti. Elle soutint son regard quelques secondes mais finit par tourner la tête pour continuer son examen.
Aux yeux de biche que faisait l’une des visiteuses, elle comprit que le nouvel arrivant faisait son petit effet. On ne pouvait pas lui reprocher sa fascination, il était effectivement bel homme. Elle s’amusait de la façon dont la jeune blonde paradait. En revanche, lui n’avait pas l’air de s’en émouvoir plus que ça. Mylana sourit, et à ce moment le beau brun se retourna et lui rendit son sourire. Elle hocha la tête dans un geste amical. La visite continuait, d’un côté les personnes d’un certain âge qui buvaient les explications de la conférencière et de l’autre, le groupe de jeunes qui cherchaient à s’effrayer mutuellement. Quel raffut ! Ils ne pouvaient pas s’arrêter de hurler comme ça ? Comme si elle avait lu dans ses pensées, Nathalie intervint en leur demandant de baisser d’un ton car elle n’arrivait plus à se faire entendre. Miraculeusement, ils obéirent et le calme revint. La belle blonde dût stopper ses jeux amoureux pour rejoindre son groupe d’amis.

3.

La marche continua, mais elle remarquait que l’homme aux yeux vert avait l’air absorbé par la sculpture de Décure. Elle s’approcha, elle aussi avait été fascinée par cette sculpture créée par le seul souvenir d’un ancien prisonnier.
« Très bel ouvrage. C’est fou de voir une œuvre telle que celle-ci côtoyer la mort d’aussi prêt.
 La beauté et la laideur sont complémentaires en ce monde. »
Mylana avait répondu impulsivement les yeux toujours accrochée au Quartier de Cazerne*. Elle prit conscience qu’elle lui avait répondu sans vraiment réfléchir. Elle se tourna vers lui et rougit.
«  Désolée, je ne voulais pas vous déranger dans votre contemplation. » 
Encore une fois leurs yeux se croisèrent. Ils étaient le reflet d’une vie très longue et riche en expériences. Comment un homme aussi jeune pouvait avoir un regard aussi vieilli ?
« Aucun problème, finit-il par répondre. C’est vrai que la question peut se poser dans ce genre de lieu.
 Effectivement, cette sculpture ici... Après, à l’époque de sa création, cet endroit n’était pas le mausolée que nous connaissons aujourd’hui, c’était juste une banale carrière. Personnellement, je pense que nous sommes attirés par cet œuvre justement à cause du cimetière tout proche. Elle nous frappe par sa normalité, alors que nous nous trouvons sous terre dans un des plus grands cimetières de Paris. »
Il sourit et son regard s’éclaircit.
« Je m’appelle Gregory et vous ?
 Moi c’est Mylana. Enchantée.
 Moi de même. »
C’était à cet instant que la jolie blonde décida de revenir à la charge. Elle demanda l’heure à Gregory. Un éclair de mépris éclata dans le fond de ses iris verts  et disparut presqu’aussitôt. Un sourire charmeur prit sa place et il lui répondit. Elle se positionna entre eux deux et commença à accaparer la discussion. Mylana pu entendre son prénom. La demoiselle s’appelait Amélie.

4.

Mylana s’éloigna rapidement, elle les laissa en tête à tête. Plusieurs fois cependant, elle eut l’impression de sentir du mépris et du dégoût chez Grégory. Pourtant, il avait toujours ce sourire enjôleur plaqué au visage. Gregory cachait bien des mystères. D’abord ce regard trop vieux pour son âge et maintenant ce masque certes charmant mais complètement faux. Elle remarqua au loin qu’ils échangeaient leur numéro de téléphone. Elle ne put s’empêcher de ressentir une pointe de jalousie. Elle qui pensait qu’il était différent. Décidément, il n’était qu’un homme comme les autres qui ne pouvait résister à l’appât de la beauté. Amélie leva la tête vers Mylana pour lui signifier sa victoire. La jeune femme avait gagné, il avait succombé. Mylana fit mine de s’en désintéresser. Elle recula et recouvrit sa place en fin de cortège. Elle reprit le court de ses pensées, mais elle fut irrémédiablement attirée par cet homme. Quelque chose interpellait sans qu’elle sache quoi exactement. Là, ils firent une halte au bain de pied des carriers, et Nathalie se lança dans ses explications. Mylana n’écoutait pas, elle était hypnotisée par le fond du puits. Elle se mit à chercher une pièce dans le fond de ses poches. Elle finit par en trouver une et se mit à jouer avec. Une fois que tout le monde s’était éloigné, elle ferma les yeux et jeta la pièce dans le puits. Elle savait que c’était idiot, mais elle avait toujours voulu conserver sa croyance au merveilleux. Elle les rouvrit et son regard rencontra encore une fois celui de cet homme  aux yeux verts si mystérieux. Elle détourna les yeux.
Amélie était toujours accrochée au bras de Grégory comme s’il lui appartenait. Il lui souffla quelques mots à l’oreille et se détacha d’elle. Chacun d’eux partit de son côté : Amélie rejoignit son groupe d’amis bruyant et Grégory reprit sa contemplation.

5.

Enfin, ils arrivèrent devant la salle des ossement. Arrête ! C'est ici l'empire de la mort ! Voilà l’avertissement écrit à l’entrée de ce tombeau géant.
Mylana frissonnait toujours à cet endroit, elle connaissait assez bien les lieux pour savoir que derrière ces frises romantico-macabres, se cachait la mort. Elle y entra avec respect, comme à chaque fois. Grégory se rapprocha d’elle :
« Pourquoi cette mascarade ? »
Mylana, se retourna surprise.
« Pourquoi avoir placé ces os dans des positions aussi humiliantes ? Les exposer à la face des personnes avides de sensations fortes et de frisson, à la portée de ces mains d’ignorants ?
Mylana, ne dit rien. Elle se sentait toujours humiliée qu’il ait préféré Amélie. Même si elle était d’accord avec lui, elle ne voulait en rien lui faire savoir. Elle voulait l’ignorer.
« D’ailleurs, certains ont réussi à détacher des crânes à ce cœur, apparemment. »
Effectivement, un cœur formé de crânes avait été incrusté sur l’avant d’une pile d’os de toutes sortes. Elle n’avait jamais compris l’intérêt d’une telle frise.
Grégory continua son monologue.
« Pensez-vous que ça soit pour faire du vaudou, ou toute autre magie noire ? »
Il se tourna vers elle en souriant, Mylana résista à l’envie de lui répondre.
« Comptez-vous m’ignorer encore longtemps ? Aurais-je la chance d’entendre encore une fois votre jolie voix avant la fin de la visite ?
 Depuis quand ça vous intéresse ? Je pensais que vous préfériez les blondes ! »
C’était sorti tout seul, elle maugréa dans sa barbe. Mais pourquoi avait-elle dit tout haut ce qu’elle pensait ? Qu’elle idiote ! Elle accéléra le pas, pour ne pas montrer son embarras. Il la retient en lui attrapant le bras.
« Vous faîtes erreur, la blonde comme vous dites ne m’intéresse absolument pas. »
Elle s’arrêta et le regarda droit dans les yeux et y vit un ouragan. Surprise, elle chercha à se dégager. Que croyait-il ? Qu’elle était de ces femmes à succomber facilement ?

6.

Derrière lui, elle remarqua que le groupe de jeunes s’était attroupé devant un des alignements d’os. Elle vit Amélie sortir un marqueur noir et dessiner des sourcils sur un des crânes. La colère monta, elle se dégagea violemment de Grégory et se dirigea rapidement vers la vandale.
« Non, mais ça ne va pas ! Vous vous êtes crus où tous? Personne ne vous a appris le respect ! »
Amélie se retourna vers Mylana avec un air de défi.
 Qu’est-ce qu’elle a, elle ? Ils sont morts, ça change quoi ? Ce ne sont que des bouts d’os dégueulasses.  »
Mylana hurlait.
« Ce sont des vestiges du passé ! Ils n’ont pas à être bafoués par des gamins qui ne savent pas quoi faire de leurs mains ! Non mais franchement, vous êtes complétement débiles ou quoi ? »
Le groupe commença à se recentrer autour d’Amélie, elle était seule face à six personnes dont plus de la moitié étaient des hommes.
« Tu vas te calmer ! On a juste voulu blaguer !
 Et bien, moi aussi je vais vous faire une super blague ! Je vais appeler les flics et je vais porter plainte. Une fois qu’ils t’embarqueront, tu pourras rire autant que tu veux ! »
Elle arracha le marqueur des mains d’Amélie, la tension montait et les jeunes commencèrent à se rapprocher dangereusement d’elle. Mais à ce moment-là, les autres visiteurs s’approchèrent également et formèrent un groupe tout aussi nombreux au côté de Mylana. Ils avaient pris le partit de la plaignante. Grégory restait en retrait, mais lui aussi bouillait de rage. Nathalie appela la sécurité et demanda à ce que les policiers soient prévenus. Ils seraient là pour attendre la bande à la sortie. L’ambiance était tendue, d’autres agents arrivèrent et s’ajoutèrent au groupe.
Juste avant la montée des escaliers, Grégory attrapa la main de Mylana pour y mettre un bout de papier. Elle voulut le lire mais il la retient.
«Vous le lirez une fois que toute l’agitation sera retombée. A plus tard. »
Il s’éloigna et elle fourra le papier dans sa poche.
A la sortie des catacombes, chacun du ouvrir son sac et les policier attendait gentiment les vandales. La jeune femme leur expliqua la situation. Ils emmenèrent Amélie, les autres furent laissé tranquilles. Mylana quant à elle retourna à son travail. Elle en profita pour lire le mot laissé par Grégory. C’était un rendez-vous dans un bar du quartier. Il l’attendait pour 19h. Elle ne savait pas si elle devait accepter. Et puis qu’allait-elle se mettre ? Heureusement, elle finissait à 14h, elle aurait tout le temps d’y penser et de se préparer.

7.

Quelques heures plus tard, Amélie sortit du commissariat. Elle savait qu’elle était allée trop loin mais elle s’en fichait. Au diable, cette connasse et ses discours moralisateurs !
« Je suis sûre que t’as fait ça parce que Grégory m’a préféré à toi, sale trainée ! »
Amélie cracha ses derniers mots. Elle savait que si ses parents l’apprenaient, ils lui couperaient les vivres. Elle s’engagea dans une ruelle pour récupérer le métro et rentrer chez elle.
« Bonsoir Amélie. »
Un homme sortit de l’ombre et s’approcha d’elle.
« Bonsoir. »
Elle semblait surprise mais le gout de la victoire lui fit oublier toute prudence. Elle sourit aguicheuse.
« On va pouvoir continuer notre conversation. »
Elle dit ces mots en se rapprochant de lui. Elle lui prit le bras et le caressa, il se laissa faire. Elle avait bien besoin de tendresse et qu’on lui remonte le moral. Et puis, il était tellement beau qu’elle se damnerait pour lui. Ils se dirigèrent tous les deux à son appartement.
Pendant ce temps, Mylana finissait de se préparer. Elle avait finalement décidé d’y aller. La jeune femme voulait pour une fois prendre des risques et sortir de sa petite vie tranquille. Elle avait passé l’après-midi à faire du shopping et avait fini par choisir une jupe cigarette, un chemisier et des escarpins. Elle se maquilla légèrement, surtout ne pas trop en faire et rester un maximum naturelle.   Elle s’examina une dernière fois. Elle était prête. Elle caressa son chat, prit son sac et sortit. Vingt minutes plus tard, elle était devant le bar. A ce moment-là, la perspective de ce rendez-vous l’effraya. Elle se sentit naïve. Qu’est ce qui lui avait pris ?
Elle se mit à ressasser de sombres pensées quand, elle sentit quelqu’un s’approcher d’elle.
« Je suis ravi que vous soyez venue. »
Grégory arrivait tout sourire. Elle ne répondit pas, trop intimidée. Une fois dans le bar, le temps et le vin finirent par la détendre. Le couple discuta ensemble de tout et de rien. Débâtant sur le bien, le mal, la vie et la mort. Mylana et Grégory étaient tellement absorbés par leur conversation qu’ils n’entendirent pas le hurlement des sirènes non loin d’eux. Ils ne prêtèrent pas non plus attention au flash spécial qui tournait en boucle sur chacune des chaines de télé et sur les réseaux sociaux.
Une jeune femme blonde aurait été retrouvée sans vie non loin de chez elle. Elle serait morte étouffée par un marqueur noir, retrouvé dans le fond de sa gorge. Quelques heures plus tard l’enquête apprendrait qu’elle se serait faite ça seule.
Mais qu’importe ce malheur, Mylana et Grégory étaient focalisés sur la relation qu’ils étaient en train de créer tous les deux.

8.

40 ans plus tard, 
Mylana regardait à travers la vitre de sa chambre d’hôpital. Les souvenirs avaient refait surface. Elle avait repensé à cette rencontre qui avait bouleversé sa vie et à la brutale fin de la pauvre  Amélie. Elle entendit frapper, un couple entra.
« Bonjour maman, dirent-ils en cœur.
 Bonjours mes chéris, comment ça va vous deux ?
 Nous ça va. Et toi ? répondit Katherine. »
Son fils mit les fleurs qu’ils avaient apportées dans un vase sur la table de chevet. Elle avait eu la chance d’avoir deux beaux enfants. Ils avaient réussi leur vie et étaient heureux. Quant à elle, il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre. Elle était rongée par le cancer, qui avait démarré au sein et  s’était généralisé. Les médecins, lui donnaient encore quelques mois à vivre. Mais elle, elle savait que le pronostic était faux, il lui restait beaucoup moins. Elle le sentait. Elle regarda ses deux enfants les yeux remplis d’amour. Ils étaient sa plus belle réussite.
« N’oubliez jamais que je vous aime tous les deux.
 Maman, arrête de dire ça. J’ai l’impression que tu nous dis adieu.
 Mais c’est le cas ma chérie. Il ne faut pas se mentir, la vie est derrière moi, il ne me reste plus beaucoup de temps. Et j’ai tellement de choses à vous dire pour partir sans regrets. »
Son fils, Grégory, prit sa jeune sœur dans ses bras. Elle pleurait la disparition prochaine de sa mère.
« Votre père aussi vous aimait. Il est juste parti trop tôt pour vous le dire. Il aurait été fier de vous, comme je le suis aujourd’hui »
Mylana essaya de se lever, Grégory et Katherine l’aidèrent. Elle prit une enveloppe sur la table.
« Tenez. Il s’agit de mes dernières volontés.
 Mais maman, pourquoi cette cérémonie d’adieu? On a encore du temps. Ne t’enterre pas aussi vite. Les médecins te donnent encore au moins 6 mois à vivre. Et puis peut-être que la chimio améliorera les choses.
 Peut-être Grég, mais je préfère vous dire tout ça tant que mon esprit me le permet et que la douleur reste supportable. »
Elle s’allongea sur son lit. Les deux enfants racontèrent leur quotidien et Mylana les coupa de temps en temps pour faire le parallèle avec de vieux souvenirs d’enfances où ils étaient encore tous heureux. Mylana voulait que ses enfants se souviennent de ces moments privilégiés passés en famille. Après quelques heures elle s’endormit. Ses enfants l’embrassèrent tendrement sur le front et s’en allèrent. Ils en profitèrent pour faire confirmer les fameux six mois par le médecin.

9.

En fin de soirée, des coups légers la réveillèrent. Elle se redressa.
« Qui est-ce ?
 C’est moi, mon amour. Il est l’heure.
 Je sais, je l’avais bien senti. Aurais-je encore un peu de temps pour écrire une lettre à mes enfants?
 Oui, bien sûr. »
Elle s’assit  et rédigea ses regrets et son amour pour ses enfants, pour feu son mari, le bonheur de sa vie. Son visiteur, se plaça derrière elle et posa ses mains sur ses épaules.
« Tu sais, j’ai repensé à notre première rencontre dans les catacombes, commença Mylana.
 Ah, oui ? J’y pense très souvent moi aussi. »
Une fois la lettre terminée, il l’aida à se relever et l’accompagna devant la fenêtre. Elle regarda son reflet derrière la vitre. Il était toujours aussi beau et le temps n’avait eu aucune prise sur lui. Toujours ses yeux verts fascinant, alors qu’elle avait été dévorée par le temps et le cancer.
« Tu restes magnifique, dit-il. »
Elle ne répondit pas. Il la prit dans ses bras et l’embrassa tendrement.
« Comme au bon vieux temps, n’est-ce pas ?
 Oui comme au bon vieux temps. 
 As-tu aimé ta vie ?
 Oh oui ! Souffla-t-elle
 J’en suis heureux, murmura-t-il près de son visage. »
Il l’a serra dans ses bras.
«  Merci. »
Il avait le regard emplit de tendresse pour cette femme qu’il aimait tant. Il l’avait laissé vivre sa vie. Mylana s’était mariée et avait eu deux enfants. Malgré son amour pour lui, elle avait insisté pour vivre une vie normale avant de partir avec lui. Il avait été son unique et véritable amour durant toutes ces années. Grégory l’enserra dans ses bras et lui caressa les cheveux délicatement. Elle tourna ses yeux vers la fenêtre :
« Tu te souviens du jour où tu m’avais demandé s’il était possible de rencontrer la folie au détour d’un couloir et s’il était possible d’en tomber amoureuse ?
 Oui, je me souviens. »
Il continua de la serrer dans ses bras. Elle se retourna et le fixa droit dans les yeux.
« Moi, j’ai rencontré la Mort aux pieds d’un escalier et j’en suis tombée amoureuse. »
Elle se dirigea vers le lit et se rallongea, Grégory s’assit à côté d’elle et lui saisit la main. Elle ferma les yeux.
« Il y a une question que j’ai toujours voulu te poser mais je n’ai jamais osé. Est-ce toi qui…
Elle toussa, le cancer avait rongé ses poumons aussi. Il acquiesça en lui caressant le visage. Elle ferma les yeux et se lova dans ses bras. La toux reprit.
« C’est la fin, je sens ma vie disparaitre. J’ai peur… souffla –t-elle
 Oui Chaton. Mais ne t’inquiète pas on se retrouvera de l’autre côté. Je ne te laisserais jamais disparaître. Jamais ! »
Mylana s’en alla après une vie pleine de joie et d’amour.

10.

Gregory se releva et disparut derrière la fenêtre. Il avait hâte de retrouver la seule personne qu’il n’ait jamais aimée. Il l’avait attendue quarante années durant : Mylana, celle qui lui avait montré la beauté du cœur humain. Après lui avoir avoué qui il était, Grégory lui avait demandé de l’accompagner de l’autre côté, de devenir immortelle. Il la voulait pour femme. Mylana lui avait posé tout un tas de questions. Il avait été honnête jusqu’au bout lui expliquant les avantages : la jeunesse éternelle, une vie sans douleur et sans maladie, avoir le pouvoir, avoir une emprise sur le destin de chacun. Hélas, il y avait un revers à tout ça. Elle ne sera plus humaine et ne pourra pas être mère. Il lui avait laissé un an pour prendre une décision. Finalement, elle refusa en lui disant que malgré tout l’amour qu’elle avait pour lui elle souhaitait vivre sa vie avant de le rejoindre. Elle voulait avoir des enfants, souffrir et mourir. Elle ne souhaitait pas devenir une enfant gâté par le pouvoir. Mylana voulait d’abord prendre conscience de ce qu’était la vie. Il l’avait respecté pour ça. Il était sûr d’avoir trouvé sa reine. Il accepta et promis de revenir une fois qu’elle s’éteindrait. Qu’est-ce qu'était cent ans pour lui ? Un battement de cil. Quelques années après, elle rencontra Mickael et eut deux enfants. Malheureusement, la vie ne lui fit pas de cadeau, on lui décela une tumeur qui se généralisa. Mickael, son époux décéda à la suite d’un accident quelques années après, elle restait donc seule avec ses deux enfants et un cancer. La maladie l’avait frappée si jeune. Grégory lui avait maintes fois proposé de la soulager mais à chaque fois elle refusa. Puis voilà comme convenu,  il la retrouva lors de son dernier soupir. Il se sentait si vieux, il avait vu tellement de ces créatures vivre, puis mourir. La vie de Mylana lui laissa un goût amer en bouche : il aurait voulu tellement plus pour elle. Apparemment, c’était son destin. Quelle ironie du sort ! Lui, la Mort qui regrettait celle de son aimée. Cette humaine avait réussi à faire battre son cœur inanimé. Il la voyait comme étant son propre reflet.
Mylana était la vie !

My.

* Sculpture de Décure dans les Catacombes de Paris




3 commentaires:

thierry N a dit…

Tjrs aussi bien tourné, le temps n'a pas pris une ride sur tes écrits .....thierry

thierry N a dit…

Tjrs aussi bien tourné, le temps n'a pas pris une ride sur tes écrits .....thierry

Myriam Tassa a dit…

Merci Thierry ! :)
My