L'ironie du sort

« L'ironie du sort, c'est la face cachée de notre destin. »
Paul Guimard.


Marlène se dirigeait vers son travail, tout en réfléchissant à sa journée qui s’annonçait difficile. Sophie étant en congé, pendant deux semaines, elle devait donc gérer les projets de sa collègue en plus des siens. Elle savait que ce ne serait pas facile, mais l’esprit d’équipe primait dans la PME. De plus elle ne se voyait pas laisser à son amie une centaine d’emails non traités pour son retour.

Le point positif : une de ses amies d’enfance viendrait passer la soirée chez elle.
Elle pourrait se détendre un peu. Marlène continua son chemin avec différentes pensées en tête, quand soudain, des crissements de pneus la firent émerger de ses songes. Marlène fut frappée par une voiture rouge et son corps projeté sur quelques mètres. L’automobile s’arrêta et un homme blond en sortit. Les passants s’approchèrent d’elle, ils étaient paniqués et ne savaient pas comment gérer cette situation. Certains appelaient les secours, d’autres essayaient de lui parler pour la garder éveillée. C’était le chaos. Le conducteur s’approcha de sa victime, il était étonnement calme. Marlène remarqua, avant de sombrer, que les yeux du chauffard brillaient de rouge et que son regard exprimait la surprise.

Bip, Bip, Bip…

Marlène se réveilla et appuya sur le bouton de son réveil pour l’arrêter. Il était sept heures, enfin d’après les diodes rouges lumineuses. Elle était fatiguée. Elle aurait tout donné pour pouvoir traîner au lit jusqu’à midi, mais elle démarrait dans sa vie d’adulte et elle devait aller travailler. Sa vie d’étudiante était derrière elle et celle-ci était bel et bien terminée. Marlène maugréa et finit par se lever.

Elle avait oublié son rêve macabre, elle était avant tout focalisée sur ce qui l’attendait aujourd’hui. Elle le savait : sa journée serait dure car elle était seule pour deux postes. Sophie, sa collègue, se mariait en Australie et avait posé deux semaines de congé. Après une douche bien chaude, elle s’habilla et quitta son appartement.
Sur le chemin, elle s’arrêta acheter une viennoiserie pour son petit-déjeuner qu’elle prenait tous les matins au bureau. Elle s’apprêtait à traverser quand un choc sourd l’assomma. Une voiture rouge l’avait percutée de plein fouet et s’était arrêtée quelques mètres plus loin. Le conducteur sortit et se précipita vers Marlène qui était allongée sur le sol, évanouie. Il s’approcha et tenta de la réveiller en la secouant doucement.

Bip, Bip, Bip… 
Marlène se réveilla avec une énorme migraine. Sa nuit avait été agitée et son sommeil avait été très saccadé. D’ailleurs, si son mal de tête ne disparaissait pas, elle savait qu’elle ne tiendrait pas la journée, d’autant plus que sa collègue était absente et lui avait laissé la gestion de ses projets. Elle se leva tant bien que mal et se dirigea vers la douche. La chaleur la défroissa petit à petit et la migraine s’atténua dans la foulée. Elle sortit de chez elle et se dirigea vers Paris. Il faisait très froid, le ciel  était bas et chargé de gros nuages noirs.

Sans réellement savoir pourquoi, elle avait un mauvais pressentiment. Elle enroula son écharpe autour de son cou afin de se réchauffer et marcha rapidement jusqu’au RER. Marlène avait l’impression de voir le monde qui l’entourait au travers d’un filtre gris. Tout était terne, sans couleur. Elle regarda le ciel et maudit les nuages. Elle arriva à Paris et la bruine commença à tomber. L’eau était gelée, elle se mit à courir pour se réfugier au plus vite dans son bureau.

Elle traversa une petite rue sans regarder quand soudain, elle aperçut du coin de l’œil une voiture lui foncer dessus, elle ne put l’esquiver. Juste avant l’impact, le temps s’arrêta ! Marlène ne comprenait pas, tous les passants étaient comme sur pause, même la pluie restait en suspens. Elle sortit de la trajectoire de la voiture et balaya son environnement du regard.

« Ohé ! » cria-t-elle.

Personne ne lui répondit et rien ne bougea. Marlène paniquait de plus en plus, elle était plutôt cartésienne et pour elle, tout ceci n’avait aucun sens. Le temps ne s’arrêtait jamais ! Elle s’approcha des gens et se mit à faire de grands gestes pour capter leur attention, mais personne ne réagissait.

« C’est bon tu vas arrêter de faire le pitre, maintenant ? »

Le conducteur de la voiture qui avait failli la faucher, sortit de son véhicule.
Elle sursauta. L’homme était blond et avait des yeux rouges. Elle recula.

« N’aie pas peur, si j’avais voulu te faire du mal, je t’aurais écrasée, une énième fois, souffla-t-il.
— Comment ça ? C’est-à-dire ? Et pourquoi tout est figé sauf nous ?
— OK, mais une question à la fois, Mademoiselle Poisson rouge.
— Poisson rouge ? C’est de moi que tu parles ? » s’énerva Marlène.

Il lui lança un regard noir qui la fit immédiatement taire. Il reprit calmement.
« Tout d’abord, nous sommes dans ton rêve. Tu sais celui que tu vis en boucle depuis un certain temps déjà. Donc pour que tu puisses enfin prendre conscience des événements, j’ai créé cette mise en scène. »

Il lui avait expliqué tout cela en faisait de grands gestes en lui montrant son œuvre onirique avec fierté.
« Grâce à tout ceci, j’ai enfin réussi à capter ton attention. »
Il souriait.

« Un rêve ? En ce moment je dors ? »
Il ne lui répondit pas et continua son monologue.
« Tu n’as pas remarqué que tout était grisâtre et bizarre ce matin ? Enfin bref, je me suis rendu compte que tu n’étais pas vraiment une lumière, de toute façon. Mais bon, là, je n’ai pas trop de temps devant moi donc on va faire vite. »

Marlène était abasourdie et ne disait rien. Elle avait la désagréable impression qu’il se moquait d’elle.
« Tu sais que ça fait au moins deux ou trois fois que je renverse en voiture dans ce rêve ? Et, malgré le schéma répétitif, tu fonces tête la première sous mes roues. Et à chaque fois tu ne te rappelles jamais du rêve précédent. C’est quoi ton problème ? Tu es suicidaire ? »

Il avait l’air plutôt très contrarié.
« Euh…
— Ne me coupe pas ! Merci. »
Il était sec et cassant. Il reprit plus calmement :
« Le but de tout ça, c’est que tu évites la voiture rouge. Et vu que tu ne piges rien, j’ai décidé de te faciliter la tâche. J’ai stoppé le rêve pour que tu aies le temps de traverser, afin que tu puisses enfin sortir d'ici ! »

Il la méprisait, elle le sentait.
« Pourquoi tout ça ? Pourquoi moi ?
— Une erreur d’interprétation de ma part, je me suis trompé de Madame… »

Elle ne put entendre la suite, le temps reprenait son cours et elle fut éjectée hors du songe. Elle ouvrit les paupières, une lumière l’aveugla lui brûlant les yeux. Elle les referma pour stopper la douleur de cette lueur trop éblouissante.

Elle cligna des paupières plusieurs fois et vit qu’elle était dans une pièce blanche, qui n’était pas sa chambre. Elle eut un moment de panique et faillit arracher le cathéter qu’elle avait dans le bras. Elle tenta de retirer ce tuyau pour fuir.

Marlène était désorientée. Une femme l’arrêta dans ses mouvements et elle entendit la voix de sa mère.
« Marlène, calme-toi, ma chérie ! » 
Elle sentit la main de sa mère sur elle. L’entendre l’apaisa et elle put se détendre un peu.
« Ma puce, laisse l’infirmière s’occuper de toi. Détends-toi. »

Marlène aspira un grand bol d’air, elle avait la phobie des piqûres et là, elle avait une énorme aiguille dans le bras. Elle se redressa tant bien que mal sur son lit d’hôpital et respira lentement pour maîtriser son angoisse. Elle regarda sa mère et voulu lui parler, mais sa voix était enrouée et aucun son distinct ne sortit de sa bouche, juste des gargouillis.

« Tu as eu un accident de voiture et tu es restée dans le coma pendant quasiment une semaine. Heureusement, tu t’en es sortie indemne, sans aucune fracture et sans grosse blessure, juste un léger traumatisme crânien qui a été pris en charge rapidement. »

Marlène regarda sa mère et fondit en larmes. Le cathéter, l’annonce de son accident, trop pour elle. Sa mère la réconforta en la prenant dans ses bras.
Le reste de la journée défila très vite, Marlène passa une batterie d’examens, le but étant de comprendre son coma et détecter d’éventuelles séquelles. Vers la fin de la soirée, elle put enfin sortir accompagnée de sa mère. Elle avait retrouvé sa voix mais garda pour elle ce rêve troublant.

« Je te conjure Marlène, ne nous fait plus jamais peur comme ça. Tu devrais faire un peu plus attention à toi. On a vraiment cru te perdre !
— Je suis désolée…
— On a vraiment paniqué, surtout qu’aucun médecin n’arrivait à expliquer ton coma. Tu n’avais rien !
— Peut-être le traumatisme de l’accident ?  lança-t-elle à tout hasard.
— Peut-être… »

La neige commençait tout juste à tomber sur les deux femmes qui marchaient bras dessus bras dessous, en conversant. Il faisait froid, l’hiver avait posé ses bagages pour de longs mois. Et soudain, des freins crissèrent, une voiture dérapa et ce fut l’accident. Marlène regarda sa mère allongée sur le sol. Du sang commençait à s’écouler d’une blessure à la tête et à l’entourer. La jeune femme tenta de réveiller sa mère en l’appelant et en lui caressant le visage de ses mains froides, mais aucune réponse. 
Les passants courraient dans tous les sens sous l’effet de la panique et certains tentèrent d’appeler les secours. C’était le chaos. Marlène était au bord de l’évanouissement, elle avait échappé au pire pour que finalement le drame se répète, mais, cette fois, la victime était sa mère. Elle aurait préféré mille fois ne jamais se réveiller.

Les larmes commencèrent à couler. Le conducteur qui avait fini par reprendre possession de sa voiture, s’extirpa de son auto rouge et se précipita vers la mère de Marlène. La jeune femme eut un mouvement de recul, le conducteur n’était autre que l’homme de son rêve, les yeux rouges en moins. Il se tourna vers elle et lui fit un clin d’œil.


À cet instant, tout devint clair dans son esprit, les pièces du puzzle se sont assembler pour révéler l’atroce vérité de l’accident de sa mère. Marlène hurla, la douleur fusant du plus profond de son être.


My.

Ah ah ah


My.

2 commentaires:

thierry N a dit…

L'histoire est originale et très bien interprétée .On à l'impression d'avoir vécu un tel événement ...

thierry N a dit…

L'histoire est originale et très bien interprétée .On à l'impression d'avoir vécu un tel événement ...