L'envie d'Etre

« Il y a tant d'envie, tant de rêves qui naissent d'une vraie souffrance. »
Jean-Jacques Goldman.

Toi et Moi

« Il y a tant d'envie, tant de rêves qui naissent d'une vraie souffrance. »

Jean-Jacques Goldman.

1.

Il faisait nuit, les étoiles brillaient et la lune était pleine. Mylène plongea dans l’océan glacé, Elle se laissait aller à l’apaisement, son corps bercé par les flots.
En instant, l’océan se transforma en furie. Quelque chose n’allait pas, la jeune fille n’avait jamais connu une eau aussi déchainée. Un rire âcre et incisif la fit sursauter.

«  Je t’ai enfin retrouvée, Mylène ! gronda une voix d’outre-tombe. Tu es à moi maintenant. Je vais enfin pouvoir vivre !
— Silice ? »

Elle était surprise. L’océan était en colère, la jeune fille ne parvenait plus à garder la tête hors de l’eau. Elle réussit tant bien que mal à se rapprocher du bord, quand soudain un éclair vert la frappa. Elle tenta de se redresser mais une douleur aigüe la submergea. La souffrance trop forte la paralysait. Elle se tenait debout, de l’eau jusqu’à la taille, elle remarqua du sang sur sa poitrine.

«  Mon cœur saigne ! pleura-t-elle. Silice ? Pourquoi ? »

Elle haletait, la souffrance la déchirait. Mylène finit par sombrer doucement dans l’eau qui devint son tombeau. Dès lors, Silice prit possession de ce corps, elle devint cette jumelle qui riait aux éclats. Elle sortit de l'eau pour retourner sur la plage.
«  Je suis Moi ! se réjouit Silice. Me revoilà ! » cria-t-elle à la face du monde.

Elle avança, les cheveux bruns humides gouttant sur ses épaules. Silice pénétra dans une forêt sombre bordant la plage et entendit au loin les hurlements d'un loup. Elle s’arrêta net.
Il était venu pour Mylène, pensa-t-elle. Il voulait récupérer sa femme, celle qu’il aimait, mais ce n'était pas possible, elle avait disparu dans cet océan en furie.
Silice ne voulait pas rendre ce corps qui était devenu sien. Elle l’entendait approcher.
«  Rend la moi, Silice ! ordonna-t-il, d'une voix si grave et si profonde que la terre en tremblait.
— Elle est à moi ! Cela fait longtemps que je l’attends. Toi, qui es-tu pour me demander de disparaître ?
— Je suis…
— Je sais qui tu es ! » coupa-t-elle.

Il acquiesça avec un rictus qui fit apparaître ses crocs acérés. Il était l’amour de sa sœur, un être moitié homme, moitié loup. Elle le connaissait parfaitement ; il était son ennemi de toujours. Celui qui avait tout tenté pour que jamais elle ne s’approche de Mylène, mais il était trop tard désormais, elle avait son corps et jamais elle ne le rendrait.

«  Je ne te laisserai pas me l’enlever, murmura-t-il. Tu mourras pour ce que tu as fait. »

Elle ne pouvait rivaliser avec sa puissance, elle le savait. Elle se tourna vers lui et le fixa avec résolution, elle fit un pas en avant, prit une lame accrochée à sa robe et se trancha la gorge.
«  Si je ne peux pas l'avoir, alors tu ne l'aura pas non plus, » gargouilla-t-elle.
Une âme s'éleva dans la brume en laissant un corps sans vie derrière elle.

2.

Mylène se réveilla en sursaut. Il faisait nuit et un orage grondait dehors. Elle regardait autour d’elle. Elle était bien dans son lit.
«  J'ai fait un mauvais rêve, murmura-t-elle. C'était juste un cauchemar. »

A côté d’elle, dormait un homme, Maxence. Il était un individu à la peau sombre et aux yeux de braise. Ils se connaissaient depuis peu, pourtant quelque chose l'avait irrémédiablement attirée chez lui. Il était mystérieux et solitaire. Il ne parlait pas beaucoup, mais elle l'aimait comme ça. Un éclair illumina sa chambre, elle s'aperçut qu’il dormait la bouche entrouverte, elle put ainsi remarquer une de ses canines. Elle était blanche et un peu trop longue et pointue pour être totalement normale. Elle sursauta et s’assit. Le rêve l’avait troublée plus qu’elle ne l’avait cru. Elle sortit du lit et se dirigea vers la salle de bain, toute tremblante.

«  Mon dieu, mais qu'est-ce qui m'arrive ? »

Elle ouvrit le robinet et laissa couler l'eau. Elle s’aspergea le visage et se regarda dans le miroir. Ses longs cheveux bruns cascadaient sur ses épaules nues et son regard noisette était effrayé. Elle retourna au lit, s'allongea et serra Maxence dans ses bras. Un éclair : un souvenir, celui d'un loup se transformant en un homme à la peau sombre. Elle se crispa, une autre pensée : un regard de braise, celui d’un prédateur. Elle se détacha de son amour.

Un autre fragment de sa mémoire, elle jouait dans l’eau avec un loup et celui-ci devenait Maxence. Elle tressaillit, c’était impossible, petit à petit son cerveau assembla les pièces d’un puzzle qui lui était inconnu.

«  Stop ! »
Maxence se réveilla et la regarda, inquiet.
«  Qu'y a-t-il, mon chaton ? »
— Ce rêve ! Il me rend folle ! »

Mylène sortit du lit et s'éloigna. Elle était inquiète, le rêve avait infecté sa mémoire. Une histoire se formait dans son cerveau, celle d’une jeune fille et d’un homme loup. Elle secoua la tête. Maxence, anxieux, se leva et la serra contre lui.

«  Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que tu as ?
— Ma tête. Ma tête ! » gémit-elle.

Elle l’observa, son regard de braise la scrutait, il était désemparé. Et là, ce fut trop, elle dut lâcher prise et laissa le flot d’images l’assaillir. Elle ferma les yeux durant plusieurs minutes.
«  Mylène ? »
Maxence la secoua. Après un long moment de silence, elle l’observa et lui demanda sèchement :
«  Qui es-tu ?
— Comment ça qui je suis ? Mylène, arrête ! Tu me fais peur ! »

Elle se dégagea de ses bras. Ses prunelles brillaient d’un mélange de peur et de fureur.
«  Qui es-tu ? Pourquoi ce rêve ? Pourquoi des images inconnues se sont inscrites dans ma mémoire ? Des images où l’on me voit avec… un homme loup ? Et qui est Silice, cette folle qui m’a pris mon corps? Réponds-moi ! »

L’orage explosait dehors. Maxence recula, il était tendu, prêt à bondir s’il le fallait.
«  Mylène, calme-toi ! Je vais tout t’expliquer mais je t’en prie calme toi.
— Comment ça, me calmer ? »
Un éclair zébra le ciel.
«  Mylène, arrête ça tout de suite ! Détends-toi. »

La jeune femme était perdue. Maxence, le visage contracté, s’avança vers elle pour essayer de l’apaiser, mais elle prit peur et à ce moment-là, un éclair traversa le jeune homme qui s’écroula.

3.

Mylène serra les poings.
«  Ce n’est pas possible, » pensa-t-elle. Avec un reste de lucidité, elle se précipita sur le corps de son amant et le secoua avec force. L’orage cessa net.
« Maxence, s’il-te-plait, ne meurt pas ! Je suis désolée, je ne voulais pas ça.
— Tu ne voulais pas quoi ? » râla-t-il.

Elle le lâcha brusquement et recula. Maxence s’effondra sur le sol et grogna. Il se releva et regarda la jeune fille dans les yeux, ses canines avaient poussé et ses yeux étaient de feu. La terreur s’empara d’elle, elle faillit s’évanouir. Elle s’appuya sur le mur. Elle n’en pouvait plus. Pourquoi toute sa vie se cassait la figure comme ça ? Tout ça à cause d’un simple rêve !

«  Mais oui, c’est ça ! Je dors toujours ! »
Elle riait nerveusement, elle était au bord de l’hystérie.
«  Je suis dans un rêve, je vais me réveiller d’un instant à l’autre et tout rentrera dans l’ordre. Allez Mylène réveille-toi ! ordonna-t-elle.
— Ça ne sert à rien, ma puce, tu ne dors pas. »

Il s’approcha d’elle, par réflexe elle ferma les yeux. Il lui pinça le bras.
«  Aïe ! cria-t-elle. Tu m’as fait mal ! Pourquoi tu… »

À cet instant elle comprit, si elle ressentait la douleur, alors elle ne pouvait pas rêver. Elle s’assit sur le sol et se recroquevilla dans un coin de la pièce. Maxence s’accroupit devant elle et prit son visage dans ses mains.
«  Écoute-moi, je ne te veux aucun mal. Je ne suis là, ni pour te blesser, ni pour te tuer ou quoi que ce soit d’autre d’aussi débile.
— Qui es-tu ? »

Il soupira, il était perdu. Comment gérer tout ça ? C’était si soudain.
«  Tu le sais.
— Tu es un loup ? demanda-t-elle désorientée.
— Oui.
— Pourquoi es-tu là avec moi ?
— Parce que je t’aime. »

Elle se dégagea et se leva pour lui tenir tête. Malgré son bon mètre soixante-dix, elle ne lui arrivait guère qu’au niveau de l’épaule.
«  Ne te fiche pas de moi. S’il-te-plait ?
— Mais que veux-tu que je te dise ? Que tu es Mylène, fille de Gaya une déesse d’un autre univers ? Et que Silice t’a tuée il y a fort longtemps ?
— Quoi ? Attend répète ça un peu moins vite, s’il-te-plait. J’ai l’impression d’être dans un roman.
— Tu es la fille de Gaya, la déesse de Luntary, lointaine cousine de la Terre. Pour faire court, tu es une déesse. Et en plus, tu es très puissante. »

4.

Mylène était stupéfaite, elle serait une déesse. Elle réfléchissait et petit à petit sa mémoire se remit en forme.
«  Et toi ? Tu es ?
— Je suis Maxence, fils de la Lune et du Soleil.
— Et nous ?
— Comment ça, nous ?
— Quelle est notre relation ?
— Et bien… Disons, que nous sommes mariés.
— Quoi ? Tu rigoles ? »

Elle était abasourdie, elle qui pensait l’avoir rencontré y a tout juste un an.
«  Non. Et ça fait un sacré bout de temps en plus.
— C’est-à-dire ?
— En gros, à peu près trois mille ans sans compter le millénaire où tu as disparu. »

Elle faillit s’étrangler. Trois mille ans ! Plus les informations lui arrivaient et plus les détails de son ancienne vie refaisaient surface, en particulier sa sœur et sa relation avec Maxence.

«  Que m’est-il arrivé ?
— Silice a voulu prendre ton corps pour vivre. Elle est en quelque sorte ta sœur jumelle. Mais elle n’a pas de corps physique.
— Oui, je sais, je me souviens. Mais je ne me souviens plus pourquoi elle n’a pas de corps.
— On ne sait pas trop. Le jour de ta naissance un énorme orage éclata et prit vie. On n’a jamais vraiment su comment cela pouvait être possible. Mais au fil du temps, Silice a compris que pour vivre elle devait prendre possession de ton corps. Alors elle essaya et un jour, elle réussit. J’ai voulu l’en empêcher alors…
— Elle se trancha la gorge. C’était dans mon rêve.
— Oui, c’est ça. Ma mère, pour te sauver, fusionna ton âme à celle d’une humaine. Le souci c’est que tu as mis mille ans à renaître.
— Donc je suis humaine maintenant ?
— Pas vraiment, tu restes une déesse, tu es juste devenue très fragile. Tu as gardé ta puissance et tu ne vieilliras jamais mais tu es devenue mortelle, on peut te blesser, donc te tuer. Alors que moi, ce n’est pas le cas. »

Toutes ces informations l’étourdissaient, elle se rassit sur le sol et ferma les yeux. Grâce au choc, la mémoire lui revint entièrement.

5.

Elle se souvenait de tout. Dans un soudain élan d’affection, elle se jeta dans les bras de Maxence et l’embrassa fougueusement. Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’était plus elle-même. Lui, répondit à ses baisers avec plus de passion encore, il avait enfin retrouvé sa femme. Le désir qu’il avait enterré depuis des siècles, revint plus fort et plus enivrant que jamais. Il avait faim de cette épouse qu’il aimait par-dessus tout. Mylène prenait feu sous les baisers de cet homme qui était en fin de compte son mari. Elle le voulait et le lui montra. Elle se colla à lui et répondait à chacune de ses caresses en ondulant son corps et en se serrant plus étroitement contre lui.
Elle n’en pouvait plus et gémit. Lui, continua de la goûter et de la toucher.
Elle l’appelait. Maxence prit Mylène dans ses bras et la déposa sur le lit.

À ce moment-là, Silice fit irruption dans la salle de bain. Elle s’avança doucement, elle entendait les ébats des deux amoureux. Elle se rapprocha. Son absence de corps la rendait invisible aux yeux des gens, mais Maxence pouvait sentir son énergie. Silice continua d’avancer prudemment, mais elle n’avait rien à craindre, ils étaient bien trop occupés pour faire attention à elle. Elle s’arrêta devant la chambre et les observa. Elle enviait tellement sa sœur, cette vie qu’elle n’aurait jamais.

Après tout, elle n’était qu’une âme sans corps. Elle voulait tellement pouvoir ressentir et goûter la vie. Et surtout, elle voulait elle aussi être caressée, désirée et aimée par un homme, comme n’importe quelle femme. Hélas, elle était ainsi, le destin pouvait être si cruel parfois. Elle cherchait à vivre depuis si longtemps, mais cela lui avait été refusé. On lui avait fermé les portes du bonheur alors qu’elle n’était qu’un embryon. Sa propre mère ne l’avait pas reconnue comme étant son enfant. Gaya voyait en Silice une abomination de la nature.

Et pourtant, elle avait été conçue comme ça sœur, mais le malheur avait voulu que sa puissance détruise son corps. Puis, comble de l’ironie, elle perdit une grande partie de cette puissance en venant au monde. Cette énergie fut ensuite absorbée par sa jumelle. Mylène naquit avec un corps et une puissance hors du commun. Elle avait eu la chance de grandir, connaitre le bonheur d’aimer et d’être aimée.

Silice la haïssait pour ça ! Elle l’enviait pour tout ce bonheur qu’elle n’avait jamais eu, mais elle aussi pouvait y avoir droit si elle reprenait possession de ce corps. Et pour cela, elle avait un plan, elle devait attirer le couple, entre leurs deux mondes, celui des vivant et celui des âmes, et là, elle pourrait prendre ce qui lui revenait de droit. Les deux amoureux étant apaisé, Silice retourna derrière le miroir.

6.

«  Je veux rentrer chez moi, confia Mylène à son mari.
— Tu sais, beaucoup de choses ont changé là-bas depuis ton départ.
— Peu importe. Je veux revoir ma mère et ma maison. Finalement, ma vie n’est pas sur cette Terre. »

Les deux amoureux prirent une douche, s’habillèrent et retournèrent dans la salle de bain.
«  Tu veux prendre des choses ? De toute façon, on pourra revenir. »

Mylène réfléchit, elle allait tout quitter, sa vie sur Terre, ses parents qu’elle aimait. Elle était un peu perdue, mais ne répondit pas et suivit Maxence. Elle pourrait toujours revenir si besoin.
Maxence dit quelques mots et le miroir s'illumina d'une lueur bleutée.
«  On va passer par le miroir ? demanda-t- elle stupéfaite.
— Oui, ils ont toujours été nos portails. »

Mylène était surprise, mais après tout, son univers était différent maintenant. Ils se retrouvèrent dans un grand espace gris, il faisait sombre et le couple ne voyait aucun accès pour en sortir.

«  Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Mylène. « On n’était pas censé arriver chez nous ? Où sommes-nous, là ? »
Maxence ne répondit pas, il avait l’air soucieux.
«  Ce n’est pas normal, murmura-t-il en regardant autour lui. Surtout, reste près de moi.
— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Mylène se rapprocha de jeune homme et lui attrapa le bras. Maxence se concentra, une porte apparue et Silice en sortit.
«  Comme on se retrouve enfin, ma belle Mylène. Tu as l’air si fragile maintenant. Je vais enfin reprendre ma vie là où je l’avais arrêtée. »

Maxence se positionna devant sa bien-aimée pour faire barrage. Mylène comprit qu’ils étaient piégés.
«  Que veux-tu ? demanda Maxence.
— Tu le sais.
— Va au diable, jamais tu ne l’auras !
— Mais Silice ? Pourquoi t’acharnes-tu sur moi ? Nous sommes sœurs, non ? »

Cette fois ce fut une question de Mylène.
«  Parce que tu m’as tout pris, mon corps, ma puissance, ma vie. Tout !
— Si j’avais eu le choix, j’aurais préféré t’avoir près de moi bien vivante, plutôt que comme une âme remplie de haine.
— Je veux juste une vie, un corps ! »

Silice se matérialisa, elle n’avait peut-être pas de corps physique mais elle pouvait en créer un d’énergie pendant un temps limité. Elle fit apparaître un bâton. Maxence devint pâle.
«  Tu le reconnais ? »

7.

Mylène ne comprenait pas quel était cet objet que Silice arborait fièrement et qui effrayait tant Maxence. Elle questionna le jeune homme, qui ne répondit pas. Il se tourna et l’embrassa longuement, comme pour lui dire adieu.
«  Je t’aime. Ne l’oublie jamais.
— Qu…
— Fais-moi confiance, » la coupa-t-il.

Silice en profita pour utiliser son arme sur son ennemi, un éclair vert frappa directement son dos au niveau du cœur. Il s’écroula net. Mylène fut choquée, elle tomba à genou et regarda son amour.
«  Maxence ? demanda-t-elle inquiète. Allez, relève-toi. »

Silice souriait, elle avait réussi, son arme était celle des Enfers, l’une des seules armes capables de tuer un dieu. Elle fixa sa sœur en larmes, qui prenait conscience, petit à petit, de la mort de son époux.
«  Silice, pourquoi ? Mais pourquoi ?
— Comme ça, il ne se mettra plus jamais en travers de ma route. »

Mylène se remplit d’une colère froide et de rage, une tempête gronda dans cet univers.
Silice prit peur, elle ne l’avait pas prévu. Pour elle, Mylène était devenue un être sans pouvoir. Elle s’était lourdement trompée. Elle essaya l’arme en bois sur sa sœur mais le projectile fut dévié par l’orage.

Mylène s’approcha lentement de son ennemie. Bizarrement elle gardait son calme.
«  Tu as fait de ma vie un enfer, pourquoi ?
— J’ai fait de ta vie un enfer ? TU m’as pris ma vie ! Je ne fais que te rendre la pareille.
— À la différence de toi, je ne l’ai pas choisi. On aurait pu être sœurs, sans se soucier des autres. On aurait pu trouver une solution toutes les deux. Au lieu de ça, tu t’es laissée envahir par l’envie. Je te méprise Silice, tu es un être faible. C’est vrai je t’ai aimée, puis, j’ai eu peur de toi pour finalement me rendre compte que tu n’es rien qu’une enfant. »

Mylène se tenait face à sa sœur.
«  Tu voulais un corps ? Alors le voilà ! »
Mylène créa une Silice de chair et de sang. Elles se ressemblaient en tout point, seule la couleur des yeux différait à cet instant. Les yeux marron de Mylène étaient devenus deux gouffres noirs.

Silice n’y croyait pas. Elle était vivante. Elle toucha son corps, sa peau, ses cheveux.
«  Tu pouvais ?
— Oui. N’oublie pas qui je suis, au-delà d’être la fille de Gaya. Je suis ta sœur.
— Mais pourquoi ?
— Tu ne m’en as jamais laissé l’occasion. Je savais qui tu étais depuis le début, j’en avais parlé à Maman. Mais elle ne voulait rien savoir. Comme je t’aimais. Nous sommes jumelles, je ressentais ta peine et ta tristesse. Alors j’ai étudié et j’ai appris à utiliser un très vieux savoir. Je voulais tellement t’avoir près de moi. Mais voilà, toi, tu me haïssais, tu m’as tuée, et maintenant tu as tué l’homme que j’aime. »

Silice tomba à genou, elle prit conscience qu’elle était passée à côté de sa vie et de sa sœur. Elle aussi aimait sa sœur. Elle se rendit compte de la place qu’avait prise la jalousie dans sa vie. Elle n’avait jamais voulu se l’avouer, mais si elle avait agi ainsi, c’était parce qu’elle aimait Maxence, elle aussi. Elle l’aimait depuis le premier jour où elle l’avait vu, mais il avait choisi Mylène. Elle pleurait.

«  Je suis désolée, Mylène. Pardonne-moi.  Moi aussi, je l’aimais et je t’en voulais de l’avoir. Tu avais tout, une beauté, un corps et en plus lui ! C’était trop pour moi. Alors, je me suis laissée envahir par la jalousie et la haine. Je suis désolée.

Mylène s’approcha de sa sœur et la serra dans ses bras.
«  Je t’ai aimée, Silice, j’étais triste du sort qui s’était acharné sur toi. J’ai tout fait pour toi mais là… »

Mylène plongea son bras dans la poitrine de sa sœur et lui arracha le cœur.
«  … tu ne mérites plus de vivre. »

Silice était humaine maintenant et avait besoin de cet organe pour vivre. Elle mourut instantanément.

8.


Mylène lâcha le cœur et abandonna le corps sans vie de son reflet pour se diriger vers celui qu’elle aimait et qui n’était plus. Le désespoir l’envahissait. Elle s’abandonna et pleura à chaudes larmes. La vie lui avait tout enlevé, elle souhaitait disparaître à son tour. Elle voulait juste rejoindre dans la mort tous ceux qu’elle aimait. Elle le regardait une dernière fois, il était allongé sur le sol, comme dormant profondément, mais sa poitrine ne se soulevait pas au rythme de sa respiration. Elle l’embrassa, empoigna le bâton laissé par sa sœur et le dirigea vers son cœur.

«  Après tout à quoi bon ? murmura-t-elle les yeux emplis de larmes
— Arrête ! cria une voix féminine sortie de nulle part. Je t’en prie ! Ne fais pas ça Mylène. »

Une femme apparue, elle était belle. Ses yeux étaient couleur argent et sa peau irradiait d'une douce aura argentée.
«  Et pourquoi, Lune ?
— Il ne l'aurait pas voulu.
— Et alors ? Maintenant tout ça n’a plus d’importance.
— Tu en es sûre ? Crois-tu vraiment que mon fils serait heureux de savoir que tu l’as rejoint alors que tu portes son enfant ? »

Mylène était abasourdie. Elle ne répondit rien. La nouvelle l’avait rendue muette.
«  Je sais ce que tu penses. Si j'avais pu, bien sûre que je l'aurais aidé. Mais je n'ai pas réussi à arriver à temps. »

Elle ne répondit pas, elle avait mal, elle souffrait et elle savait que personne ne pourrait lui retirer cette blessure au fond de son cœur. Elle avait perdu une partie d’elle-même et son amour pendant cette lutte.
La femme s’approcha et attrapa Mylène pour la serrer dans ses bras

«  J’ai mal ! » hurla-t-elle.
Elle se laissa aller sur son épaule. L’aura argentée l’apaisait petit à petit.
«  Je sais, moi aussi. Mais tu as la chance de porter un petit bout de lui en toi. »

Elle portait en elle l'enfant de celui qu’elle aimait.
«  Pourquoi est-il parti ? » gémit-elle.
Elle se calma et se reprit :
«  Je l’aimais tellement.
— Lui aussi t’aimait mon ange. Et il continuera à veiller sur toi et sur l’enfant de là où il est. »

Elle repensa à Maxence et a tout ce qu’il avait entrepris pour la retrouver. Cet enfant était le fruit de leur amour, un petit sourire timide revint. Elle devait être forte pour pouvoir s’occuper de cet être et l’aimer comme il se devait.

«  Je suis heureuse de ta décision, murmura Lune.
— En revanche, j’élèverai notre enfant sur Terre, je ne veux plus jamais retourner là-bas
— Très bien. Mais fais attention à toi, beaucoup vont tenter de te l’enlever.
La colère monta en elle, jamais personne ne lui prendra son enfant, jamais.
— Maintenant que tu as fait le bon choix, je m’en vais. Je reviendrai te voir de temps en temps. »

La Dame de la nuit disparut et une porte s'ouvrit devant elle. De l'autre côté, c'était son appartement. Elle posa sa main sur son ventre. Elle s'allongea sur son lit et s'endormit les larmes aux yeux.

9.

 Six ans plus tard.

Elle fixait l'écran de son ordinateur, son histoire rédigée devant ses yeux.
«  Maman, Maman regarde. »

Un petit garçon à la peau sombre et aux yeux gris apparut dans l'entrebâillement de la porte.
«  Qu'est-ce qu'il t'arrive, Maxence ?
— Regarde. »
Une bille de lumière se forma dans la main du petit garçon. Elle se mit à bouger.
«  Et bien, tu sais en faire des choses à cinq ans, mon chéri.
— Oui, je deviendrai aussi fort que papa et je te protégerai des méchants. »

Elle sourit, elle était fière de son fils. Il lui ressemblait tellement. En pensant à Maxence, les larmes montèrent.
«  Tu me manques tellement, mon amour, » pensa-t-elle

Elle sentit une petite main serrer la sienne. Elle regarda son fils et se reprit. Elle lui sourit.
«  Maman ne soit pas triste. Je te promets que je te protégerai, dit-il avec tout le sérieux d'un petit bonhomme de cinq ans.
— Et crois-tu être assez fort pour me battre, moi ? »

Mylène riait. Elle se leva et courut après son fils à travers l’appartement. Elle l’attrapa, le fit voler. Il riait aux éclats, il adorait ça. La jeune mère le reposa et commença à le chatouiller. Après une bonne dizaine de minutes de rigolade, Mylène embrassa son fils et lui demanda :

«  Que veux-tu manger ce soir, mon ange ?
— Euh... Pizza !
— Ok, c'est parti pour une pizza. Allez va t'habiller, on va faire les courses.
— D'accord. »
La porte claqua. L'appartement était vide.

L'écran était toujours allumé. Quelqu'un apparut et se dirigea vers une photo où Mylène posait avec son fils. Il ouvrit le cadre et retira la photo.
«  Je reviendrai bientôt. Je vous le promets. »

Il contempla l’ordinateur, puis subitement avant de partir, il décida de taper sur le clavier. Il regarda son œuvre puis disparut. L'écran était toujours allumé avec les souvenirs de Mylène, mais à la fin, trois petits mots avaient été ajoutés. Des mots ô combien importants.
« JE T'AIME. »
My.

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