Le saut

Reflet d'un même miroir

« Un souffle, une respiration, un battement d’aile.
Un cœur qui bat, le jour qui se lève.
Un enfant qui naît, un roi qui meurt.
La vie est belle, mais le rêve n’est qu’un leurre. »

Ces vers chuchotés me hantaient. Ils me poursuivaient sans relâche dans les méandres de mon esprit. J’avais froid ce matin, seule dans mon lit. La fenêtre était ouverte et le soleil commençait à peine à se pondre dans cette immensité noire. Je sortis du lit pour contempler l’aube naissante. Le jour arrivait, ma vie commençait enfin.

Je sentais une présence apparaître, je vis une ange aux ailes noires et au regard violet, assise sur mon lit. Elle me fixait avec bonté. Elle leva la main, lentement, pour pointer la fenêtre du doigt. Je regardai et compris. Je devais fuir, il arrivait, il venait pour moi, pour mon enfant. Je montai et me mis debout sur le rebord. Et, pour la première fois depuis fort longtemps, je me sentais vivante. Je mis mes bras en avant et basculai dans le vide.

Je me réveillai en sursaut. Il faisait toujours nuit. Une nuit sans lune, sombre et noire. Je frissonnais, j’étais gelée. La fenêtre s’était ouverte et les rideaux dansaient au gré du vent. Je me souvins de mon rêve, de cette femme aux ailes noires et aux iris violet qui m’avait guidée vers la sortie. Elle m’avait contemplée avec tant d’amour et de douceur. Elle me connaissait, elle savait celle que j’étais réellement.

Ces vers ? Que voulait-elle me dire ? Mes ailes, ma liberté ? L’enfant qui naît : cet être au creux de moi ? Un roi qui meurt : mon amour qui a disparu ?
Je suis si seule maintenant. Maxence, tu n’es plus là mon amour !  Tu nous as quittés sans le connaître.  J’étais perdue. Je posais ma main sur mon ventre pour sentir l’enfant bouger.
Des larmes coulaient le long de mes joues.

« Ce songe… » murmurais-je.

Soudain une lueur, le démon aux ailes noirs et aux yeux verts, me fixait à travers le miroir. Il n’avait aucune douceur dans le regard, juste une flamme brûlante dévastatrice. Celle-là même de la possession et du désir. Bizarrement, je n’eus pas peur, après tout il ne pouvait m’atteindre, elle m’avait sauvée de lui.

Je me redressai et me plaçai devant le miroir pour le défier, mais finalement, ce fut pour me rendre compte que l’ange aux ailes noires et aux iris violets, n’était autre que moi. Je me souvins de cette nuit où j'avais tout perdu et m’écroulais le long du mur. Elle était revenue ! Mon autre était de nouveau près de moi. Celle-là même qui m’avait enlevée mon amour. Je la voyais assise sur mon lit, le regard empli de culpabilité et de sagesse. Elle avait elle-même disparue ce jour-là, son cœur sanglant dans ma main. La mort lui allait si bien, elle avait cet air paisible et tendre que je lui enviais.

«  Je suis désolée, murmura-t-elle.
— C’est trop tard,  tu m’as tout pris ».

Elle se levait et se plaça devant moi.
« Je sais qui nous sommes, » me chuchota-t-elle à l’oreille.

Je la fixais sans comprendre.
«  Que me veux-tu ?
— Je sais pourquoi aucune de nous n'est heureuse. Je sais pourquoi nous nous sommes déchirées.
— Je ne comprends pas ?
— Nous nous ne sommes pas sœurs, Mylène !
— Comment-ça ?
— Nous sommes les reflets du même miroir.
— Je ne comprends pas ! Va-t’en et laisse-moi tranquille ! criais-je presque.
— Nous sommes la même personne ! Nous somme juste une pauvre âme divisée ».

Elle s’accroupit en face de moi. Je tentais de reculer mais le mur me bloquait.
«  N'aie pas peur. Tu es moi et je suis toi. »

Je me vis dans ses yeux, et là je compris, un halo lumineux nous entoura et nous devînmes une.
Je me relevais en fixant ce démon aux yeux verts, j’approchai ma bouche de la surface du miroir :

« Je veux juste te chuchoter que jamais tu n’auras mon enfant. Regarde bien, je revis alors que toi tu es mort ! »


Je brisai le miroir.
My.







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