Le prix du savoir

Descendre en soi

J'avais passé cette première porte sans douter. Une ouverture donnant sur un savoir absolu, des connaissances cachées depuis des temps anciens. La suite ? Des marches, un escalier s’enfonçant très profondément, menant de manière prophétique à un enfer noir sans lumière. Il faisait sombre, je descendis prudemment.

« Que suis-je venue chercher ? » pensais-je.

Le Savoir ! Le savoir absolu qui me permettrait de comprendre. Celui-là même que j’avais cherché à fuir pendant tant d’années. Je voulais comprendre !

Comprendre, comment nous en sommes arrivés là ? Pourquoi ce monde paraît si sauvage ? Et surtout, qui suis-je au fond de moi ? Étais-je réellement venue pour connaître eux et leurs existences, leurs vies et leurs morts ? Ou bien étais-je venue savoir, moi, celle que je suis ? Je continuais à descendre plus bas dans les abysses de ma conscience.

Une voix riait à mon oreille.
« Crois-tu vraiment avoir la force de savoir ? Connaitre le pourquoi de ta vie ? »

Elle continuait de rire. 
« Crois-tu réellement que dans un savoir créé par ce monde, tu pourras en appréhender les failles ? »

Je serrais les dents pour ne pas répondre, c’était trop important, je ne devais pas perdre mon objectif de vu. Je ne dis rien, persuadée que la réponse fût de toute façon déjà en sa possession.

« La mort, la vie, eux, les autres, toi et moi, pourquoi sommes-nous là ?  répondais-je.
— Laisse-moi te montrer ! » répondit-elle.

Je fus prise de violentes douleurs à l'estomac. Je ne voulais pas me souvenir, je me pliais en deux et m'écriai un non à moi-même. Je ne devais pas faiblir, pas si près du but, pas devant cette ultime porte. Je m’arrêtais devant elle et sortis une lourde clé de bronze.

« Tu veux vraiment savoir ? cria-t-elle. Tu veux vraiment savoir, le pourquoi de tout ça ? Je vais te le dire !
— STOP ! »

Cette fois je hurlais, le mot résonna dans l'escalier. Je paniquais, et si quelqu’un m’avait entendue…
Je ne devais pas renoncer, pas devant l’état actuel des choses. J’insérai la clé dans la serrure et la tournai, j’ouvris et fus submergée par le sinistre de l’endroit.

« Et bien te voilà face à toi-même maintenant. »

Malgré le noir de la pièce, je vis une jeune fille debout s'avancer vers moi, je me figeai, je ne connaissais que trop bien ce visage, ses yeux marrons et ses reflets auburn dans ses longs cheveux ondulés.

« Oh mon dieu ! »

Je n’eus qu’une envie, partir en courant, ne pas la voir, ne plus savoir, fuir ! Mais c’était trop tard. Elle souriait, elle sentait ma peur. J’avançais, elle s'avançait. Elle était mon reflet parfait ! Pourtant il n'y avait aucun miroir entre nous. Cette ombre se tenait là, devant moi, la main tendue. Je continuais d’aller vers elle.

« Dois-je vraiment le faire ? » pensais-je.

Elle acquiesça d’un signe de tête. Je ne voulais pas redevenir ce monstre d’autrefois. Je reculai, elle le vit et m’attrapa la main.

« Je suis désolée, mais c’est le prix du savoir. Et c’est ce que tu veux, n’est-ce pas ? »

Je ne répondis pas, c’était trop tard. En un instant, une lumière nous entoura, un halo rouge, couleur de mon péché.

« Voilà, c’est fini. Je suis dorénavant moi. Entièrement moi ! » dis-je tout haut.

Je déployais mes ailes de plumes noires.

« Je suis de nouveau moi, constata une voix dans ma tête.
— Mais à quel prix ?
— Au prix du sang !  »

Je riais. A ces paroles mes yeux s’illuminèrent et une étrange sensation refit surface. Une sensation longtemps enfouie par ma moitié. Une douleur me torturait l'estomac. Je montai les escaliers à grande vitesse, et sortis. Il faisait nuit, je courus vers la forêt. J’étais en chasse et j’étais apaisée. Me revoilà, moi, Âme maudite car savante.

J’entendis des sanglots au fond de moi.
« Heureux celui qui croit sans savoir, » pleura-t-elle.

Les seuls mots que je lui répondis :


« J’ai faim ! »


My.

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