Je serais toi


« Eh, oh, ce matin, y a Chloé qui s'est noyée... »

Mylène Farmer – Chloé
Innocence Perdue

1.

Il faisait frais et brumeux. La neige menaçait de tomber, c'était parfait pour une veille de réveillon. Nathalie, Thierry et leurs deux filles arrivèrent enfin à Danjoutin. Thierry gara la voiture dans l’allée de ses parents. Cette année, ils avaient décidé de passer les fêtes dans la maison de son enfance. Sa mère, Pauline, les accueillit avec bonheur. Elle avait préparé du bon vin chaud pour les adultes et du chocolat chaud pour les deux fillettes. Chloé et Léa étaient des jumelles monozygotes de six ans avec chacune sa propre personnalité. Caractérielle et querelleuse, Chloé avait besoin de contrôler son environnement et celui de sa sœur. Elle n’acceptait pas la moindre différence entre elles. Leur ressemblance la rassurait : elle se sentait sur un pied d’égalité avec sa jumelle. Enfin, c’était ce que le psychologue avait tenté d’expliquer aux parents, la semaine passée. En revanche, Léa était plus timide et réservée. Elle voulait prendre ses distances avec sa sœur et ainsi construire sa propre intimité, sa propre identité. Le problème était que Chloé était manipulatrice et les parents avaient baissé les bras pour céder à bons nombres de ses caprices, leur garantissant ainsi la paix. Léa était la première victime de cet abandon, mais ne se plaignait jamais. Elle savait comment était Chloé et à quel point c’était compliqué pour ses parents. Les deux fillettes étaient vêtues de la même manière ce qui ne faisait qu’accentuer leur ressemblance. Pauline désapprouvait ce genre de clowneries mais préférait se taire. Pour elle, Chloé et Léa étaient deux personnes différentes et non les reflets d’un même miroir. Thierry et Nathalie se devaient de laisser la possibilité aux enfants de créer leur personnalité indépendamment l’une de l’autre. 

2. 

Une fois les bagages rentrés, la petite famille se retrouva autour de la table pour savourer leur boisson chaude. Chloé prit la parole et monopolisa la conversation. Léa jouait avec sa poupée en silence. Clélia était la seule chose qu’elle avait pu garder pour elle. Pourtant, Chloé avait remué ciel et terre pour lui enlever, mais les parents avaient su garder assez d’autorité pour ne pas fléchir. Avec le temps, sa sœur s’y était habituée et avait fini par abandonner. 
— Tu sais Clélia, j’ai hâte d’être le jour de Noël pour l’ouverture des cadeaux ! J’ai demandé au Père Noël un chat ! J’espère que je vais… 
Chloé qui avait remarqué que sa sœur était en conversation avec sa poupée, lui arracha des mains et la jeta à travers la pièce. Léa surprise ne réagit pas. Thierry et Nathalie n’eurent aucune réaction non plus, trop habitués aux coups de sang de leur fille. Ils priaient juste en silence pour que la situation ne dégénère pas. 
— Tu ne peux pas laisser ta poupée tranquille et discuter avec nous ? Ce n’est qu’une poupée ! Elle ne te répondra jamais ! Maman et Papa ont dit que c’était impoli d’amener ses jouets à table ! 
Chloé avait pris un air hautin et suffisant, celui-là même qu’elle utilisait à chaque fois qu’elle parlait à Léa. 
— Si nous t’avons laissé la possibilité de garder ta poupée, ce n’est pas pour que tu la… 
Léa, fatiguée par le discours dédaigneux de sa sœur, se levait pour récupérer sa poupée. Chloé fut choquée de voir sa sœur la défier ainsi. 
— Chloé, ce que tu as fait n’est pas gentil, intervint Nathalie. Pourquoi as-tu jeté sa poupée comme ça ? 
— Je croyais que vous ne vouliez pas de jouets à table ? J’ai fait qu’appliquer vos règles à la lettre ! 
Elle s’exprimait en marquant chaque syllabe. Nathalie était effrayée par la facilité avec laquelle sa fille était capable de renverser les situations à son avantage. Malgré toutes les explications qu’on avait pu lui fournir, pour elle, Chloé restait un peu trop manipulatrice pour son jeune âge. Nathalie essayait de garder son calme. 
— D’accord, mais ça ne te donne pas le droit de jeter sa poupée à travers le salon ! Tu aurais pu juste lui demander d’écouter et de participer ! 
Les grands-parents furent choqués par cette scène. Le vieil homme tourna la tête pour observer sa petite fille ramasser sa poupée. Léa n’avait l’air ni en colère, ni triste. Elle ne laissait aucune émotion transparaître. Le lien entre les deux sœurs était vraiment malsain ! Chloé prenait trop l’ascendant et les parents laissaient faire. Il abandonna la mère et la fille en pleine discussion et attrapa la petite Léa par la main pour l’emmener gentiment dans la cuisine. 

3. 

Il la souleva et la posa sur le plan de travail. Le vieil homme l’observa un moment avant de sourire et lui demander : 
— Alors ma puce, racontes moi, que se passe-t-il avec Chloé ? Depuis quand s’est-elle transformée en dragon malfaisant ? D’où lui vient cette langue bien pendue ? 
Léa retrouva le sourire. 
— Ça a commencé quand j’ai perdu ma première dent. La nuit, la petite souris est passée et m’a offert Clélia. Quand Chloé l’a vue, elle a fait une grosse crise de jalousie. Elle est devenue complètement folle. Elle a crié, pleuré et a cassé plein de choses dans la maison. Papa et maman n’ont pas réussi à la calmer, ils ont dû appeler l’hôpital. Les médecins lui ont fait une piqûre et elle s’est endormie. Depuis, elle voit le docteur Guilbert, une fois par semaine. 
— Tu sais pourquoi elle s’est emportée comme ça ? Je veux dire, ce n’est pas un peu exagéré comme comportement, pour une simple poupée ? 
— Le docteur Guilbert a dit que Chloé avait un trouble de la personnalité. 
— Et comment ça se passe pour toi ? Ta sœur s’en prend souvent à toi, comme ça ? 
 — Oui ! Comme elle est plus forte, elle en profite ! Donc je laisse faire pour ne pas rajouter de soucis à maman et papa, dit-elle en haussant les épaules. 
Il lui déposa une bise sur la tête. A ce moment-là, Pauline entra dans la cuisine. 
— Jacques, c’est ici que tu te cachais avec Léa ? 
Jacques sourit à sa femme. 
— On se racontait nos secrets en attendant que l’ouragan se termine. 
Pauline se dirigea vers son mari, amusée et caressa les cheveux de sa petite-fille. 
— Ne t’inquiète pas, ma puce. Chloé ne t’embêtera plus ! Elle a été punie pour son mauvais comportement. Et Clélia, elle va bien ? 
Léa montra sa poupée, elle était intacte. Elle sauta à terre et quitta la pièce. 

4. 

Le lendemain matin, la neige était tombée durant la nuit. Chloé et Léa eurent l’autorisation de sortir jouer. Une fois dehors, les deux filles commencèrent une bataille de boules de neige. Une fois essoufflées, Léa proposa à sa sœur d’aller explorer les environs, elle avait remarqué une petite rivière un peu plus loin dans le jardin. Chloé attrapa la main de sa sœur et toutes deux marchèrent vers le cours d’eau. 
— Tu as demandé quoi pour Noël ? Moi, j’ai demandé la même poupée que toi, comme ça moi aussi j’aurais une amie invisible ! 
— Moi, j’ai demandé un chat. Un mignon petit chaton dont je pourrais m’occuper… 
— Oh, un mignon petit chat qui pourra te faire des câlins et te réconforter quand ta sœur te cassera les pieds ! Clélia ne te suffit pas ? Maintenant tu as besoin d’une boule de poils à quatre pattes ? Tu as déjà de la chance que je t’aime assez pour ne pas jeter ta maudite poupée au feu ! Mais là, un chat ! Ne me pousse pas trop à bout. Qui sait peut-être qu’un jour, il viendra me voir en me prenant pour toi. Et par mégarde, il se retrouvera enfermer dans le four à micro-onde. 
Chloé souriait mauvaise. Elle adorait expliquer à sœur de quoi elle était capable. 
— Mais, mais… Pourquoi ? Pourquoi je n’aurais pas le droit d’avoir un chat ? Ce n’est pas toi qui commande, d’abord ! 
— Bien sûre que si ! Les parents ne te voient plus, ils sont trop occupés à m’aimer plus que toi ! 
— Tu rêves Chloé, ils ne t’aiment pas ! Ils se sont juste rendus compte que tu étais folle ! Tu es un monstre ! Je te déteste ! J’espère que tu disparaîtras un jour ! 
Léa repartit en courant, les larmes aux yeux. Léa ne comprenait pas pourquoi sa sœur la priverait de son chat. Et pourquoi disait-elle que ses parents ne l’aimaient pas ? C’est vrai qu’elle était réservée, mais ça n’empêchait pas qu’elle existait, elle aussi. Une fois à la maison, elle évita ses parents et se dirigea directement vers la salle de bain. Elle en avait marre de sa sœur ! Avoir une jumelle c’était nul, elle aurait préféré être fille unique. Elle prit une paire de ciseaux dans le meuble sous l’évier et se coupa les cheveux. Les longueurs tombaient les unes après les autres emportant avec elles un peu de sa rage. Elle ne voulait plus ressembler à cette méchante fille qui ne faisait que s’en prendre à elle ! Une fois satisfaite, elle retourna au salon. 
— Oh mon dieu Chloé, qu’est-ce que tu as fait à tes cheveux ? demanda Nathalie 
— C’est Léa, Maman ! 
Léa regarda sa mère avec colère. 
— En fait, elle a raison ! Je n’existe pas pour vous ! Personne ne m'aime ici ! 
Elle courut jusqu’à sa chambre. Nathalie comprit sa gaffe et se sentit honteuse d’avoir confondu ses deux filles. Elle était tellement fatiguée par tout ça. Jacques arriva dans la pièce et remarqua sa belle-fille assise sur le canapé, l’air coupable. 
— Qu’y a-t-il Nathalie ? 
— Léa s’est coupé les cheveux. Et je l’ai confondue avec Chloé. Je ne pensais pas que Léa était capable de ce genre de chose. Elle m’a crié dessus et s’est enfuie. 
— Où est-elle allée ? 
— En haut, dans sa chambre. 
— Ne t’inquiète pas, je m’en occupe. Toi, essaie de trouver Chloé, parce que quand elle verra la tête de sa sœur, on aura droit à une autre tempête. 
— Merci, souffla-t-elle. 
Jacques partit rejoindre sa petite-fille.

5.

Elle était allongée sur le lit, pleurant, les cheveux mal coupés. 
— Que s’est-il passé ma puce ? 
— Chloé a raison ! Je suis invisible, si demain je disparaissais personne ne s’en soucierait ! sanglota-t-elle. 
— Pourquoi dis-tu ça ? C’est totalement faux ! 
Il berça Léa pour la calmer. 
— Chloé a été méchante ! Elle m’a gentiment dit que si j’avais un chat, elle l’enfermerait dans un four à micro-onde ! Elle m’a dit aussi que papa et maman ne s’intéressaient pas à moi et la préférait, elle ! Et, elle a raison, maman ne m’a même pas reconnue ! Je n’existe pas ! J’en ai marre de Chloé, elle est toujours méchante avec moi ! Je ne veux plus être sa jumelle ! 
La fillette pleurait à chaudes larmes dans les bras de son grand-père. 
— Calme-toi, mon petit chat ! Je te promets que tu comptes beaucoup pour tes parents, ta grand-mère et moi. C’est juste que Chloé est une petite fille très difficile à gérer. Moi, je t’aime, ma petite Léa ! Allez sèche tes larmes. On va essayer d’arranger tes cheveux, comme ça tu seras la plus belle. 
Jacques assit l’enfant sur une chaise puis retourna dans la salle de bain récupérer une paire de ciseaux. 
— Tu devrais essayer de tenir tête à ta sœur. Tu te laisses trop faire ! dit-il en lui coupant les cheveux. Tu sais, ma puce, j’ai eu moi aussi un frère jumeau, Jacques. On se ressemblait comme deux gouttes d’eau, tellement, que parfois même nos parents nous confondaient. Lui aussi était comme Chloé, il était dur, méchant et voulait tout contrôler. C’était très compliqué pour moi, car j’étais comme toi, un peu timide et réservé. Quand nous avions une douzaine d’années, nos parents nous avaient emmenés à la plage pour les vacances. Un jour, j‘ai proposé à Jacques de faire du pédalo, juste tous les deux. Il a accepté et nous sommes partis en mer, tels deux valeureux pirates. Nous nous sommes alors disputés. Il est tombé à l’eau et s’est noyé. Je suis rentré seul. A partir de ce jour, ma vie s’est quelque peu transformée. Mes parents sont devenus plus attentifs et plus aimants. 
— Mais Papy, c’est… 
— Ah vous êtes là ? 
Nathalie rentra dans la pièce et examina sa fille. Jacques fit un clin d’œil discret à sa petite-fille. 
— Tu es très jolie avec cette nouvelle coupe. Heureusement que Papy sait manier le ciseau ! 
Elle s’approcha de Léa et la serra dans ses bras. La petite se laissa faire sans vraiment lui rendre son affection. 
— Je suis désolée, ma puce ! Je sais que la situation est pénible pour toi. Nous faisons de notre mieux, mais à cause de la fatigue, nous faisons des erreurs. Et c’est vrai que la plupart du temps, c’est toi la première victime de tout ça. 
— Ce n’est pas grave maman, je comprends. Je sais que Chloé est difficile et que vous êtes fatigués. 
Elle se dégagea des bras de sa mère et sauta à terre. Elle se précipita dans les bras de son grand père en le remerciant. Elle était heureuse de sa nouvelle coiffure. Elle avait décidé de suivre le conseil de son grand-père et de ne plus se laisser faire par sa sœur. Chloé rentra à son tour et découvrit sa sœur transformée. Comme prévu, elle piqua une colère noire. Pour elle, on faisait tout pour l’empêcher d’être comme Léa. Même, si tous lui avaient expliqué que c’était Léa qui avait décidé par elle-même et que c’était son droit, Chloé ne se calmait pas. Nathalie dû demander à son beau-père de lui couper les cheveux à son tour de la même manière que sa sœur. Celle-ci ne parla pas mais fut réconfortée par le regard désapprobateur de son grand-père. 

6. 

Après la séance de coiffure improvisée, Léa prit la main de sa sœur et l’emmena dans la chambre. 
— Et si on échangeait nos places ? demanda Léa à Chloé. 
— C’est-à-dire ? 
— Moi je deviens toi et toi tu deviens moi. Comme ça on fait une blague à tout le monde. Je suis sûre qu’ils ne nous reconnaîtront pas ! Je te prête Clélia. 
Léa lui tendit sa poupée. 
— O.K. Ça marche ! C’est vrai que ça peut être drôle. On tient notre rôle jusqu’au repas ? 
— Oui ! les deux fillettes descendirent retrouver leur petite famille dans le salon. 
— On dirait que vous vous êtes réconciliées toutes les deux ? 
— On ne s’était pas disputé, je voulais juste avoir la même coupe que Léa ! Nous sommes pareilles ! expliqua Léa, hautaine. 
Chloé ne dit rien et plaqua la poupée contre elle. Jusque-là leur numéro fonctionnait. Les jumelles demandèrent l’autorisation de sortir dans le jardin. Nathalie leur accorda à condition de ne pas s’approcher de la rivière qui traversait le jardin. Une fois dehors, les deux fillettes jouèrent dans la neige et décidèrent de faire un bonhomme. 
Léa provoqua sa sœur :
— Et si on allait à côté de la rivière ? Voir les poissons ? 
— Maman a dit qu’il ne fallait pas s’approcher ! 
— Depuis quand écoutes-tu ce qu’on te dit ? 
— Je dis juste ce que toi tu aurais dit si c’était moi qui avait posé la question. 
— Alors ? 
— D’accord. 
Les deux fillettes se dirigèrent vers la rivière, une fois devant elles prirent chacune un bâton pour agiter l’eau afin de faire sortir les quelque poissons cachés dans l’eau glacée. 
— Au fait, tu savais que Papy avait un frère jumeau, lui aussi ? 
— Ah bon ? Non, je ne savais pas. On ne l’a jamais vu. 
— C’est normal, il s’est noyé quand il été petit. 
— Ah bon ? Il s’appelait comment ? 
Léa, se rapprocha de sa sœur et s’accroupit derrière elle. Chloé tenait toujours la poupée et continuait à jouer avec son bâton. 
— Il s’appelait Jacques. 
— Ils avaient le même prénom ? 
Chloé se retourna vers sa sœur perplexe. Léa se leva et poussa de toutes ses forces sa sœur dans l’eau. Un fois dans l’eau glacée, Chloé tenta de maintenir sa tête hors de l’eau en s’agrippant au bord. 
— Léa pourquoi, tu m’as poussée ? Ça ne va pas ? Tu sais bien que je ne sais pas nager. En plus, l’eau est très froide ! Aide-moi à remonter. 
— Non ! Je ne veux plus de toi dans ma vie ! Tu nous pourris trop la vie avec tes caprices et tes crises de colère ! Je vais faire comme Papy. Je te laisse te noyer et ensuite, je prends ta place ! 
Chloé n’arrivait plus à maintenir sa tête hors de l’eau. Elle arrivait de moins en moins à respirer. 
— Léa ! Qu’est-ce que tu racontes ? Aide-moi, je ne tiens plus ! 
Léa s’approcha du bord et attrapa sa poupée qui était restée sur la rive. Chloé réussi à attraper une racine mais le peu de courant eut raison de ses dernières forces et l’emmena un peu plus loin en aval, là où elle se noya. Léa souriait, elle était enfin débarrassée de sa jumelle maléfique. Elle serra sa poupée et hurla en courant vers la maison. 

7.

Une fois arrivée, la fillette raconta la terrible tragédie à sa famille. Elle pleurait à chaudes larmes. Nathalie se sentit mal et s’assit brusquement sur le sofa. Quant à Thierry et Jacques, ils se précipitèrent vers la rivière pour retrouver la petite fille. Après quelques minutes, ils retrouvèrent le cadavre de l’enfant bleuit par le froid. Thierry serra contre lui sa fille morte noyée. Pauline appela les secours et prépara un grog pour sa belle-fille et un chocolat chaud pour sa petite fille. Nathalie se ressaisit peu à peu. 
— Que s’est-il passé, Chloé exactement ? demanda Nathalie. 
— Après le bonhomme de neige, on a eu l’idée d’embêter les poissons de la rivière. On agitait des bâtons dans l’eau quand j’ai voulu taquiner Léa en l’aspergeant d’eau froide. Elle a voulu me faire la même chose mais son pied a glissé et elle est tombée dans l’eau. J’ai voulu l’aider, mais je n’ai pas réussi. Alors je suis rentrée en courant pour demander de l’aide. 
— Mais merde, Chloé ! Pourquoi êtes-vous allées à la rivière ? Je vous avais interdit d’y aller ! Mais jamais vous n’écoutez ! Jamais !
— Calme-toi, Nathalie ! Je pense qu’au vu de la situation, Chloé a compris, non ? Tu ne peux pas lui en vouloir d’avoir fait ce que font tous les enfants ! Et puis Thierry et Jacques sont partis à la recherche de Léa. Si ça se trouve elle va bien ! 
— Pardon… murmura l’enfant. 
Nathalie se calma et serra son enfant dans ses bras. Thierry et Jacques arrivèrent avec les secours. 
— Où est Léa ? demanda Nathalie. 
Jacques fit un signe de tête à Pauline qui retint un cri de désespoir. 
— Où est ma fille ? hurla Nathalie. 
— Ma chérie, calme-toi, viens par ici. 
Thierry attrapa sa femme et l’enserra. Il ne réussit plus à garder ses larmes qui coulèrent 
— Léa est partie, mon amour. 
Nathalie essaya de se dégager mais Thierry serra plus fort, 
— Non ! Je veux ma fille ! Ramenez-moi Léa ! 
Nathalie pleura et hurla toute la douleur que seule une mère pouvait ressentir à la perte d’un enfant. Les secours étaient embarrassés face à la tragédie qui se jouait devant eux. Ils donnèrent un calmant à Nathalie qui s’endormit sur le canapé. Ils s’occupèrent de Chloé et l’interrogèrent sur l’accident. Le petit corps fut emporté par les pompiers et la maison se vida de ses hôtes non désirés. Nathalie abrutie par les médicaments fut emmenée dans sa chambre par son mari. Pauline était elle aussi désemparée. Elle se réfugia devant la cheminée où elle se mura dans le silence en observant le feu. Jacques quant à lui prépara de quoi manger pour sa dernière petite-fille dans la cuisine. Chloé le rejoignit. 

8. 

Jacques observa Chloé du coin de l’œil. Il ne savait pas quoi penser de toute cette histoire. Chloé, silencieuse, s’assit sur une chaise et mangea le sandwich préparé par son grand-père. 
— Léa ? 
La fillette s’arrêta et le regarda. Le vieil homme comprit qu’il avait vu juste mais ne rajouta rien. Une fois le repas terminé, il porta sa petite-fille et l’emmena dans sa chambre pour la border. 
Avant de sortir de la chambre, il lui chuchota à l’oreille : 
— Moi, c’était Thibault… 
Et, il ferma la porte. Le lendemain matin, Nathalie se dirigea vers la chambre de sa fille. Avant d’entrer, elle entendit à travers la porte Chloé fredonner : 
— Eh, oh, ce matin, y´a Chloé qui s´est noyée. Dans l´eau du ruisseau, j´ai vu ses cheveux flotter. Tu vois Clélia, maintenant que cette petite peste n’est plus là, je vais enfin pouvoir avoir ma propre vie ! Maintenant, le plus compliqué c'est de prendre sa place mais ça devrait aller… 
Nathalie retint un cri de surprise et glissa le long du mur pour s’asseoir à même le sol froid. Elle venait de prendre conscience de ce qui s'était réellement produit la veille. Elle comprit à quel point elle avait failli dans son rôle de mère. C’était de sa faute, si sa fille était morte ! Elle n’avait pas su correctement s’occuper de ses filles. Elle s’était tellement consacrée à Chloé, que Léa s’était sentie délaissée. Elle a dû beaucoup souffrir mais n’en avait jamais parlé. Tout simplement parce que personne ne l’écoutait vraiment. Nathalie avait décidé de garder ce secret au fond d’elle. Ce qui était fait, était fait ! Il était hors de question qu’elle perde sa dernière fille. Elle ouvrit la porte. 
— Coucou Chloé. Elle s’approcha de sa fille et la prit dans ses bras. 
— Jamais plus, je ne te laisserai tomber ma puce. Je suis désolée pour tout ce qui s’est passé. J'aurais dû être plus présente pour toi. Je t’aime ! 
Léa rendit, cette fois, le câlin à sa mère. 
Pour la première fois depuis très longtemps, elle fût heureuse.

My.



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