Démons intimes


« Je trouve que tu es trop dans la retenue, My !
— Vous savez Monsieur, si je n'étais pas autant dans la retenue, je serais une tueuse en série. »



démons intimes

Samedi 23h

Benjamin et Lana s’embrassaient sur le canapé du salon. Les parents du jeune adolescent étant absents, il s’était permis d’inviter sa copine chez lui pour une soirée romantique. Ils n’étaient en couple que depuis quelques mois, mais Lana était amoureuse de ce beau garçon que tout le lycée lui enviait. Elle avait dix-sept ans et se sentait prête à franchir le pas. Les baisers se firent plus profonds, l’envie et le désir montaient en eux. Benjamin se leva et entraîna sa petite-amie jusqu’à la chambre.


Après leurs ébats amoureux, Lana, étourdie de plaisir, se recroquevilla sur l’épaule de son petit-ami. Lui se dégagea et se dirigea directement dans la salle de bain. Elle se leva un peu désorientée par cette soudaine froideur.


Elle remarqua son reflet dans le miroir, ses cheveux châtains étaient décoiffés, ses yeux étaient brillants et elle avait l’impression que son corps avait changé. Aucun mot ne sortit de la bouche du garçon. Elle ne savait pas comment interpréter ce silence. Et, s’il n’avait pas aimé ? Lana se doucha à son tour et s’habilla.


« Tu devrais partir, mes parents vont bientôt arriver. On se voit lundi au Lycée. »

Lana, encore sous le choc, hocha la tête et s’exécuta. Une fois chez elle, elle courut dans sa chambre et s’enferma pour pleurer en silence dans son oreiller. Simon sortit de l’ombre et s’assit sur le lit pour lui caresser la tête.

« Il s’est bien fichu de toi, n’est-ce pas ?

— C’est bon Simon ! OK, tu m’avais prévenue, mais là, je ne suis pas d’humeur !

— Et, qu’est-ce que je devrais dire, moi ? Je te ferais remarquer que j’étais présent et que j’ai tout vu. J’ai même ressentit la douleur de …

— Stop! Ce n’est pas le moment. Laisse-moi tranquille ! Simon, va-t-en !

— Très bien ! »

Il disparut.

Lundi 7h50

Lana arriva au lycée en espérant retrouver Benjamin et tirer toute cette histoire au clair. Une fois à l’intérieur, elle le vit flirter avec Lisa, son ex copine. Ils étaient en pleine discussion et tous deux riaient. Lana ne se sentait pas le courage d’aller à leur rencontre. Elle se détourna et se dirigea vers la salle de cours. Elle sentait le regard de nombreux lycéens s’attarder sur elle en ricanant à son passage : ils se moquaient d’elle. Benjamin s’était bien fait plaisir, elle n’avait été qu’une distraction pour lui.

Une fois en cours, ce fût pire, tous la fixaient amusés et moqueurs. Lisa et Benjamin, quant à eux avaient retrouvé leur complicité d’antan, alors qu’elle était seule, la mort dans l’âme.

« Oh mon dieu Simon, tu me manques ! pensa-t-elle

— Alors comme ça, tu penses à moi après m’avoir viré samedi ? »

Simon apparut à côté d’elle en se moquant gentiment. Lui en avait le droit, il était le seul à la connaître parfaitement.

« Oui. Je suis désolée de m’être comportée ainsi avec toi. Mais j’étais en colère, Benjamin s’est moqué de moi, il m’a tout bonnement utilisée comme poupée de remplacement, le temps de se remettre avec Lisa ! » chuchota-t-elle, amer.

Elle balaya la salle du regard pour se rendre compte que tous l’observaient du coin de l’œil, un sourire idiot aux lèvres.

« Mais pourquoi me regardent-ils tous comme ça ?

— Oublie-les, ça leur passera ! Tu sais bien que ce ne sont que des gamins n’ayant aucune vie et qu’ils ont besoin de s’acharner sur celles des autres pour se sentir exister. »

Il était en colère et méprisant.

« Ne t’inquiète pas, petit chat. Je serais toujours là pour toi, parce que JE t’aime plus que tout ! »

Simon la fixait de son regard brûlant et lui caressa le visage. Il était beau, les yeux verts et les cheveux bruns.

Le cours terminé, elle sortit, quand un de ses camarades l’interpella :

« Alors c’était bon ? Tu as aimé ta première fois avec Benjamin ? Tu aurais dû voir ta tronche, on aurait dit une petite souris morte de trouille ! »

Simon vit rouge et Lana sentit une colère froide monter en elle. Elle lui décocha un coup de poing directement dans le nez. Lana ne se contrôlait plus, elle le frappa jusqu’à ce qu’un professeur les sépare pour les envoyer chez le directeur. Après quelques explications sur la raison de cette violence, elle rentra chez elle. Elle décida de sécher les cours pour le reste de la journée. Elle ne se sentait pas la force d’affronter les regards de tous ces lycéens en mal de sensations fortes.

Lundi 11h

Une fois chez elle, elle se fit un sandwich et alla directement dans sa chambre.

Elle fulminait. Benjamin avait-il raconté à tout le monde leur nuit de samedi ? Elle se connecta à Facebook. Elle avait été bombardée de notifications et de messages. En visitant son profil, elle vit qu’elle était identifiée sur un post. Elle ouvrit la vidéo et hurla. :

« Oh non ! Ce n’est pas possible ! »

Ses mains se mirent à trembler, quelque chose se brisa en elle. La colère ressentie tout à l’heure reprit possession d’elle. C’était la vidéo de la nuit où Lana avait fait l’amour avec Benjamin. Son petit ami l’avait filmée et avait posté la vidéo sur le net. Voilà pourquoi tout le monde se moquait d’elle depuis ce matin ! Son intimité avait été livrée en pâture aux vautours du web. Elle était écœurée, elle avait le sentiment d’avoir été violée. Pourquoi lui avait-on fait ça ? Elle savait que Lisa la détestait, mais lui, quelles étaient ses raisons ? Elle cliqua sur les messages pour mesurer l’ampleur du désastre, la plupart des commentaires étaient insultants : certains la traitaient de prostituée, d’autres lui faisaient des propositions des plus douteuses.

Elle relança la vidéo. Elle avait besoin d’être certaine de ce qu’elle avait vu.

« Je suis désolé, petit chat ! »

Simon avait réapparu.

« Pourquoi a-t-il fait ça ? Qu’est-ce que je lui ai fait ? J’ai été gentille, câline, tendre ! Jamais, je ne l’ai blessé ni humilié !

Elle était sous le choc, elle ne comprenait pas cet acte de méchanceté gratuite. Elle n’avait jamais réellement adhéré aux us et coutumes des adolescents de son âge. Pourtant, elle avait réussi à s’intégrer, mais cette vidéo, elle ne la comprenait pas. Dès cet instant, ce fut le vide en elle. Lana ne ressentait plus rien, plus aucune émotion ne transparaissait. Elle s’était enfermée dans une bulle qui se remplissait petit à petit d’une haine glaciale. Elle était ailleurs. Son intimité, ses rêves et ses illusions, tout avait été brisé. Son image et sa réputation avaient été détruites. Sa vie allait devenir un calvaire. Elle ne pourrait le supporter.

« Chaton ?

— Ils doivent payer pour ça ! Ce ne sont pas des humains, ce sont des cafards sans âme ! Ils ne méritent pas de vivre, crachait-elle

— Tu es sûre de ce que tu veux ? Tu sais que tu ne pourras plus revenir en arrière !

— Oui, je suis sûre ! Et je me fiche des conséquences ! »

Sa voix était dure et froide. Une part sombre d’elle-même venait de naître. Simon la prit dans ses bras.

« Maintenant, repose-toi chaton. Je m’occupe de tout.

Elle s’endormit instantanément et sombra dans un songe. »

Quelque instant plus tard, la voix de Simon la tira du sommeil.

« Lana ?

—J’ai fait un cauchemar horrible. On essayait de m’étouffer.

— C’était juste un mauvais rêve. »

Simon était allongé à côté d’elle sur le lit, il l’observait intensément.

« Qu’y a-t-il ?

— C’est fait ! »

Lana fronça les sourcils. Elle mit du temps à émerger.

« Ne t’inquiète pas, ils ont souffert ! Ils ont tous payés ! ajouta-t-il

« Euh… Merci. C’est juste que je ne pensais pas que tu irais aussi vite. »

La jeune fille l’observait, de toute sa vie c’était le seul qui ne l’avait jamais trahi. Elle le connaissait depuis toujours et savait qu’elle pouvait lui faire confiance Elle pleura dans ses bras.

Lundi 19H30

« Lana ? »

Sa mère l’appelait depuis le salon. L’adolescente alla dans la salle de bain pour faire disparaître ses larmes. Elle rejoignit sa mère.

« Oui, maman ? »

« On va bientôt manger. Donc si tu pouvais lâcher Facebook et venir m’aider, s’il te plait !

— OK, j’arrive. »

Elle retourna dans sa chambre et éteignit son ordinateur en jetant une dernière fois un œil aux pages ouvertes. Cette fois-ci, ce fut une sensation d’apaisement qui l’envahit. Simon la suivait en souriant.

« Merci pour tout ce que tu fais pour moi.

—De rien, » dit-il en lui ébouriffant les cheveux.

Lana mit la table et alluma la télévision. Elles avaient pris l’habitude de la regarder en mangeant. Une fois à table, leur émission fut interrompue par un flash info :

«  …Triste nouvelle aujourd’hui, une trentaine de lycéen de terminal S et leur professeur, ont trouvé la mort dans l’incendie de leur salle de cours au lycée Arago… »

En entendant cette annonce, Isabella monta le son.

«  Oh mon dieu, les pauvres enfants !

— …D’après les premières constations de l’enquête, l’incendie serait d’origine criminelle Les adolescents n’ont pas pu fuir, ils se seraient retrouvés bloqués à l’intérieur. Des témoins auraient vu une jeune fille sortir précipitamment de l’établissement. On ignore encore quel est le mobile de cette tragédie…

— C’est tout ce qu’ils méritaient ! murmura-t-elle.

— Qu’as-tu dis ?

— Rien.

— Mais, c’est ta terminale S ? »

Isabella venait de réaliser qu’il s’agissait du lycée et de la classe de sa fille.

«  Effectivement.

— Mais…

— J’ai séché ce matin, je me suis battue avec un élève. »

Isabella regarda sa fille, surprise par cette froideur. Quelque chose ne tournait pas rond, elle était beaucoup trop calme pour une fille à qui on venait d’annoncer la mort de ses camarades.

«  Qu’y a-t-il, ma puce ?

— Pourquoi me demandes-tu ça ?

— Tu es bizarre. »

La colère submergea de nouveau Lana. Pourquoi se souciait-elle autant de la mort de ces cafards ? C’est elle qui avait souffert !

«  Pourquoi les prends-tu en pitié ! C’est moi la victime, c’est moi qui ait été humiliée, eux ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient ! » cria-t-elle

Isabella était déboussolée. Quelque chose avait changé chez sa fille et ça l’effrayait.

« Comment ça, ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient ?

— Benjamin a diffusé une vidéo sur Facebook ce weekend. Et sur cette vidéo je perdais ma virginité ! »

Isabella se sentit défaillir. Une sextape de sa fille tournait sur le web et ensuite, celle-ci décidait de se venger en mettant le feu à son lycée ! Ce n’était pas possible, elle devait rêver !

Simon, toujours au coté de Lana, lui attrapa la main et l’attira à lui.

«  Calme-toi, mon chaton.

— De qui parles-tu Lana ? C’est qui, mon chaton ?

Isabella ne comprenait plus rien.

— C’est Simon… »

Lana se laissa aller contre Simon. Il prit les devants et s’approcha d’Isabella. Celle-ci crut voir, l’espace d’un instant, ce regard vert qu’elle ne connaissait que trop bien, dans les yeux marron de sa fille.

«  Isabella, » réveille-toi !

Dimanche 4H00

Isabella se réveilla en sursaut. C’était la première fois qu’un rêve avait l’air aussi réel. Elle sentait encore la rage de sa fille.

« Bella? marmonna son mari, à moitié endormi.

— Ce n’est rien mon chéri, je crois que Lana s’est réveillée. »

Elle sentit son mari bouger.

«  C’est bon, j’y vais, rendors toi. »

Isabella se leva pour s’occuper du bébé. Une ombre la suivit.

«  Alors ? Que penses-tu de ton cauchemar, chaton ?

— Rien à part que c’est un cauchemar. D’ailleurs, j’ai cru voir tes yeux à la place de ceux de Lana. 

— Elle est peut-être comme toi ? Elle se serait créée un ”Simon” pour s’occuper d’elle. »

Il lui fit son plus beau sourire.

«  Arrête Grégory, ce n’est pas drôle !

— Réfléchis, pourquoi n’aurait-elle pas un compagnon tel que moi à ses côtés ? »

Après tout, tu es sa mère et c’est héréditaire.

« De là à ce qu’elle devienne un pyromane, il y a un gap non ?

— Ah petit chaton que j’aime ! »

Il lui caressa les cheveux.

« Toi-même, tu as senti que ce rêve était différent, comme porteur d’un message. Et puis, tu sais ce qu’est cette haine froide, celle que tu as décelée chez ta fille. »

Il souriait.

« Grégory, stop !

— Pense à Chloé ! Tu sais ta sœur morte…

— J’ai dit stop ! »

Elle durcit le ton sans élever la voix.

«  C’est bon tu as gagné ! Effectivement j’ai senti quelque chose de particulier dans ce rêve.

— Et puis, admets-le, tu ne veux pas d’elle. Tu n’as jamais voulu avoir d’enfant. Tu n’as jamais voulu te retrouver coincée avec cette fille que tu n’as jamais désirée.

— Grégory… supplia-t-elle

— Non Isabella, je sais ce que tu as dans la tête, ne l’oublie pas. Tu n’as jamais voulu de cette fille ! Toi, ce que tu veux c’est la liberté absolue ! Tu veux sortir, voyager et surtout continuer à voir tes amants ! Tu n’es pas faite pour rester enfermée à la maison comme une simple femme au foyer. Tu veux finir comme ta mère ? C’est ce que tu veux ? »


Isabella ne savait pas quoi penser, elle était épuisée et se sentait faillir.

Il avait raison, elle n’avait jamais désiré cet enfant. Et puis, elle avait cette désagréable impression que sa fille n’était pas le bébé innocent que les gens voyaient. Quand elles étaient seules, la petite ne faisait que pleurer malgré tout ce qu’elle faisait. Elle ne se calmait que quand elle avait un biberon dans la bouche ou quand son père était à la maison. Isabella sentait que la petite Lana jouait avec ses nerfs. La jeune mère ne dormait quasiment plus. Elle ne sortait plus, ne voyait plus, ni ses amies, ni ses amants. Elle était bloquée chez elle, résignée et fatiguée, lassée par sa nouvelle maternité. Elle avait cette vie parfaite de trentenaire : l’idéal des femmes de sa génération. Sauf qu’elle n’avait jamais souhaité terminer sa vie comme cela. Elle était par nature indépendante et libre. Et puis, elle avait Grégory, ce beau brun aux yeux verts qu’elle connaissait depuis son enfance et qui l’avait toujours suivie. Elle revoyait sa mère battue, fatiguée et n’ayant aucune vie, si ce n’était ses enfants. Elle ne voulait pas finir comme cela, elle ne voulait pas être elle.

« Non ! »

Grégory l’embrassa sur le front.

« Petit chaton, je le sais très bien. C’est pour ça que tu dois te séparer de cette chose, surtout que tu vas éviter au monde une folie meurtrière. Reprend ta vie d’avant ! En plus, je dois admettre que je dépéris moi aussi à rester cloîtrer dans cette baraque de merde toute la journée à l’entendre pleurer. Comme tu me l’as dit toi-même, elle est juste née pour te pourrir la vie et ton rêve en est un exemple parfait. Je suis sûr que c’est un message ! »

Isabella sentit fondre ses dernières réticences. Comme à son habitude, il avait parfaitement raison. Elle se dirigea vers le berceau. Elle maudit sa vie, ses parents et son mari. Lana était éveillée et la regardait en souriant. Isabella savait ce que cachait ce joli petit sourire. Lana était un monstre qui se donnait beaucoup de mal pour la rendre folle : gentille avec papa, mais une vraie garce avec maman. Pourtant, c’était maman qui avait dû la porter durant neuf mois, qui avait vu son corps grossir et devenir monstrueux. Son corps qui d’ailleurs gardait encore des séquelles de la césarienne. Grégory avait raison, autant qu’elle récupère sa vie d’avant tant qu’elle le pouvait encore.

Isabella attrapa la couverture rose brodée par sa belle-mère et la posa sur la tête de sa fille. Elle sentit le bébé s’agiter sous ses mains et sangloter.

« Alors petite garce, ça fait quoi d’être en position de faiblesse ? De ne pas pouvoir manipuler ton petit monde avec tes sourires et tes babillages. »

Grégory regarda la scène avec une satisfaction à peine dissimulée.

« Je reprends les choses en main ! Je suis désolée Lana, mais tu ne peux pas continuer à me pourrir la vie ! Je veux récupérer ma vie d’avant. »

Lana ne pleurait plus, ne respirait plus. Isabella retira la couverture et regarda le corps inerte de sa fille. Elle avait l’air d’un ange, calme comme cela. Elle se dirigea ensuite dans la cuisine et récupéra un gros couteau. Si elle voulait sa totale liberté, elle devait également s’occuper de son mari. Grégory la suivait sans un mot

Elle retourna dans son lit auprès de son mari. Il se redressa à moitié ensommeillé.

« La puce… »

« Oui, ne t’inquiète pas mon chéri, elle s’est sagement rendormie. »

Il lui déposa un baiser sur les lèvres et se rallongea.

« Fais de beaux rêves, mon ange !

— Toi aussi, mon chéri ! »

Isabella attendit qu’il se rendorme pour lui trancher la gorge.

«  Enfin libre ! »

Grégory souriait dans l’ombre.



My.

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