7 jours dans la vie d'un ange

« Il faut guérir de l'enfance ou se décider à mourir. »
Gérard Pussey.

1.

Bip, Bip, Bip…

Myra, neuf ans ouvrit les yeux ; une nouvelle journée commençait. Elle entendait Théo s'agiter au-dessus d’elle. Elle vivait dans un petit appartement parisien avec son frère et ses parents. Il était composé de trois pièces, dont l'une de 4,5 mètres carrés. Elle était juste assez grande pour ne contenir que deux lits superposés et quelques étagères. Les parents, quant à eux, dormaient sur un clic-clac dans la pièce attenante qui faisait office de chambre, de bureau et de pièce de jeu.
Une fois prêts, ils déjeunèrent dans le salon-salle à manger et firent un brin de toilette. Quelques instants plus tard, la porte claquait, les deux enfants étaient en route pour l'école. Théo suivait le CP et Myra le CM1. La fillette jubilait, elle portait son nouveau manteau. La petite fille l'avait acheté ce weekend avec Monique. Monique était l'ancienne propriétaire de leur appartement. Âgée d'une cinquantaine d'années, elle n'avait jamais pu avoir d'enfant. Elle était devenue une amie de la famille, en particulier de Myra. A l'occasion, elle s'occupait des deux enfants et les gardait chez elle. Et ce weekend, elle les avait emmenés au "Petit Frères des Pauvres" à Parmentier : Myra y avait trouvé son trois-quarts. Elle s'y sentait bien à l’intérieur : à l’abri du froid de l’hiver. Une fois devant leur école, les deux enfants se séparèrent. Myra retrouvait ses amies en arborant fièrement son nouveau vêtement. 

A ce moment, arrivèrent Lisa et sa petite bande. Elles se moquèrent de Myra et de son manteau, le trouvant vieux et moche. Afin d’enfoncer un peu plus la fillette, Lisa décida de faire défiler toutes les filles présentes tels les mannequins de la télévision. Myra ne désirait pas y participer mais fut embarquée contre son gré par la masse. L'écolière n’aimait pas s'exposer ainsi. Lisa partit à la recherche des garçons de CM1. Jérémy, celui dont Myra était secrètement amoureuse, arriva avec ses copains. Tous s’assirent sur un banc, prêt à délibérer. Chacune défilait à sa manière et quand ce fut le tour de Myra, les rires fusèrent. Elle entendit les mots : clocharde, moche, mal habillée. La fillette accusa le coup sans riposter. La cloche retentit. Myra montait tête baissée en classe, poursuivie par les rires de ses camarades. Les moqueries l’ayant blessée, elle se mura dans le silence.
De retour à la maison, Myra prépara les goûters et les deux enfants mangèrent devant les dessins animés. A la fin de l’émission, son père lui ordonna d’aller acheter deux packs de bière. Ne voulant pas, elle rechignait. Il la gifla. La petite fille sortit au bord des larmes. Une fois rentée, elle termina ses devoirs. Puis, elle se réfugia dans son lit avec son journal afin d'y raconta sa journée en terminant par :
« Mon Dieu, faites de moi un oiseau que je puisse m’envoler loin, très loin d’ici. »
— Myra !
Son père l’appela. Sa mère ne rentrant que tard dans la nuit, elle s’acquittait donc des tâches ménagères. La petite s’exécutait, absente.

2.

Myra réveillée par sa mère, s'occupa de tout. Une fois le petit déjeuner terminé, les deux enfants partirent pour l’école. Depuis quelques jours, la fillette avait des poux, elle passait son temps à se gratter la tête. Son père avait fini par acheter un shampoing anti-poux, mais manque de chance, l’enfant était allergique au produit. Elle avait développé d'énormes plaques sur le cuir chevelu. Ses parents n’eurent pas d’autre choix que de lui couper les cheveux courts.
L’instituteur décida d’isoler son élève pour éviter la propagation. Elle se retrouvait donc au fond de la salle, seule avec le reste de sa classe qui la fixait bizarrement. La matinée passa vite et vint l’heure de la récréation. Une fois dehors, Myra entendait Lisa expliquer à ses camarades ses problèmes de poux.
— Myra, tu ne te laves donc jamais ? Ma mère m’a dit que ce sont les gens sales qui ont des poux !
— Non ce n’est pas vrai ! Je ne suis pas sale, je me lave ! se justifia Myra.
— En plus, tu ressembles à un garçon avec les cheveux courts comme ça. En fait, tu es moche comme un pou !
Lisa riait, toute fière de sa blague. Dès lors, plus personne ne s’approchait de la fillette. Myra restait donc seule, sans personne avec qui bavarder et rire jusqu'au soir.
En arrivant chez elle, ce fût la même rengaine que la veille : après le goûter et les dessins animés, Myra partit acheter les packs de bières. Ensuite, elle fit ses devoirs et prit son journal pour y retranscrire ses émotions de la journée en terminant par sa fameuse phrase :
« Mon Dieu, faites de moi un oiseau, que je puisse m’envoler loin, très loin d’ici. »
Sa maman lui manquait, elle ne la voyait quasiment jamais. Nadine enchaînait deux postes à plein temps. En contrepartie son père ne travaillait pas, c’était donc lui qui régissait la maison d’une main de fer.

3.

Ce jour-là, il n'y avait pas école, Myra savait qu’elle passerait la journée avec sa marraine. Pour elle, Monique était comme une seconde maman, c’est pour cela qu’elle la surnommait : sa marraine. Elle était certes sévère mais tout en étant juste et gentille. Elle leurs avait même offert des cadeaux pour noël.
Elles passèrent donc l’après-midi avec du papier cartonné, des ciseaux et de la colle. Le but de tout cet attirail : fabriquer des invitations pour l'anniversaire de Myra. Monique l'aida tout en lui rappelant de demander l'autorisation à ses parents avant d'inviter qui que ce soit. De temps en temps, Monique sermonnait sa petite protégée à cause de sa mauvaise orthographe.
Récemment, Myra avait appris la maladie de sa marraine. Elle était atteinte d'un cancer. Myra ne comprenait pas vraiment le sens de tout ça. La seule chose qu’elle savait, c’était que cette maladie faisait perdre les cheveux.
L'après-midi prenant fin, Monique enserra la fillette dans ses bras avant de la quitter. Samedi elles ne se verraient pas, Monique avait un rendez-vous à l’hôpital. Cela attristait la fillette, ces moments lui faisaient du bien et lui permettaient de sortir de sa routine.
Myra rentra chez elle et arriva au moment où son père criait sur sa mère.
— Tu es vraiment débile, tu as acheté deux baguettes alors qu’on mange des pâtes.
— C’est bon fiche moi la paix, murmura-t-elle.
Myra traversa le petit appartement et rejoignit son frère. Théo jouait dans la chambre avec ses légos en essayant de ne pas écouter.
— Myra, tu joues avec moi ?
Elle ferma la porte pour que son frère n’entende rien. Mais même avec la porte fermée, il restait possible encore de les entendre. Les sujets étaient nombreux : le pain, les pâtes et Théo qui ne pouvait pas être son fils car idiot. Finalement, lui aussi avait ses soucis, entre son eczéma et ses notes. A l’école les enfants pensaient qu’il avait une maladie grave. Beaucoup se moquaient et ne voulaient pas jouer avec lui de peur de le toucher. D'ailleurs, Myra avait dû plusieurs fois intervenir pour défendre son petit frère. L’institutrice aussi était très dure avec lui, elle lui tirait l’oreille souvent car soit disant il rêvassait. Myra parla plus fort pour couvrir les voix.
Une fois à table, le petit garçon fut à son tour victime de la colère de son père :
— Non mais franchement, tu es idiot ou quoi ? C’est quoi ces notes ? En même temps, tu ne fais pas tes devoirs ! Tu viens et tu te poses devant la télé, comme un âne !
Personne ne répondait. Théo résistait à l'envie de pleurer. L’homme était fortement alcoolisé crachant presque. Il reprit :
— Tu ne peux pas être mon fils. Nadine, je suis sûr qu’il n’est pas de moi, ce n’est pas possible. De toute façon, il est aussi con que toi ! Vous êtes tous des handicapés mentaux dans ta famille ! Vous êtes tous consanguins ! 
Nadine et Myra se taisaient. La petite fille savait qu’elle n’avait aucun pouvoir, son père était comme il était. La seule chose qu’elle pouvait faire pour le moment était de réconforter son frère comme elle le pouvait. Théo ne pleurait pas, il était résigné à être détesté ainsi.
Une fois dans son lit, Myra prit son journal.
« Mon Dieu, faites de nous des oiseaux que nous puissions nous envoler loin, très loin d’ici. »
Elle entendit son père boire ses fameuses bières, seul, dans le salon à maudire sa vie.
Elle s’endormit.

4.

Le réveil sonnait, Myra avait du mal à l'éteindre. Elle ne trouvait plus le bouton d'arrêt.
— Bordel, mais éteignez moi ce réveil !
Son père se leva et lui arracha l'appareil des mains. il tira sur le câble, la sonnerie se stoppa nette. Il maugréa et lui jeta au visage. Myra réussi à l’attraper, mais se fit mal.
Sur le chemin de l'école, Théo demanda :
— Dis Myra, tu as prévu quoi pour ton anniversaire ? Je peux venir ?
Depuis quelque temps, Théo ne voulait plus rester seul à la maison et suivait sa grande sœur partout. Monique devait le comprendre, car elle l’invitait plus souvent. D’après elle, le garçon devait changer d’air.
— Hier, j’ai fait des invitations avec Monique. Je vais les distribuer et on fera une grande fête tous ensemble.
Théo souriait.
Arriver à l’école, Myra retrouva ses amies et fit la distribution. Durant la matinée, une des cartes arriva entre les mains de Lisa.
A la récréation suivante, Lisa alla voir Myra et lui demanda pourquoi elle n’était pas invitée. Myra ne répondit rien et baissa les yeux. Lisa lut la carte à haute voix :
— Pour mes dix ans, je vous invite à fêter mon anniversaire chez moi le 15 avril à 14 h. N'oubliez pas les cadeaux !
Lisa rigolait.
— D’abord, c’est quoi ce truc tout moche ? » dit-elle en retournant la carte dans tous les sens.
— Et puis, tes parents sont-ils au courant ? Parce que normalement, ce sont eux qui doivent l’organiser. Mais bon, c’est vrai que personne ne voit les jamais, ils ne viennent ni aux réunions, ni aux fêtes de fin d'année. On pourrait presque croire que tu es orpheline. Heureusement que tu es bonne élève.
Myra se mordit la lèvre pour ne pas hurler. D’autres enfants s’approchèrent.
— En plus, tu demandes à ce qu’on t’apporte des cadeaux. » Lisa explosa d’un rire méchant.
— Je ne sais pas comment tes parents t’ont éduquée, mais ça ne se réclame pas ! Normalement, tu ne fais pas une fête pour les cadeaux mais pour voir tes amis !
— Je sais !
Myra s’étouffa, désespérée.
— Alors pourquoi as-tu écrit ça ?
Elle ne répondit rien. A ce moment-là, Jérémy arriva avec sa bande de copain, lui arracha la carte des mains en lui disant :
— Lisa, tu pourrais arrêter d’être une peste ? Laisse Myra tranquille, pour une fois !
Lisa était bouche bée. Jérémy rendit la carte à Myra sans un mot et partit.
Myra était toute heureuse, même si tout ceci lui fit prendre conscience qu’elle n’aurait pas de fête. Jérémy venait de la défendre contre Lisa et ça, ça valait tous les anniversaires du monde.
A la fin de la journée, Myra récupéra ses cartes faites maison et annula tout. Elle avait pris conscience de son environnement familiale. Que faire d’un père alcoolique et colérique et d’une mère absente ? Sur le chemin du retour, son frère lui demanda comment son anniversaire se présentait. Elle lui expliqua que finalement, elle n’avait plus envie d’une grande fête, juste un petit goûté chez Monique avec lui. Une fois rentrés, Myra fut appelée par son père.
— C’est quoi cette carte d’anniversaire ? Tu comptais réellement inviter des gens ici ? Tu as vu le taudis dans lequel on vit ? Et, puis nous as-tu demandé l’autorisation ?
Il était en colère.
Myra ne répondit rien et une fois que sa tirade fut terminée, elle dit juste les larmes au bord des yeux.
— C’était juste un devoir de dessin.
Son père la regarda suspicieux mais ne répondit rien. Il préféra lui jeter la carte au visage. Elle ne pleura pas, ramassa ses précieuses cartes et prépara les goûtés. Son père sortit, elle put ainsi se mettre devant ses dessins animés et enfin être une petite fille comme toutes les autres.
Après ses devoirs, elle pensa à Jérémy, à ce qu’il avait fait pour elle. Elle se décida à lui avouer ses sentiments en lui écrivant une lettre. Après plusieurs brouillons, elle réussit à en terminer une et la rangea dans son cartable.
Avant de dormir, elle prit son journal :
« Mon Dieu, faites que Jérémy soit lui aussi amoureux de moi. »

5.

— Myra ? Myra !
La petite se leva et s’occupa de Théo. Myra avait la tête ailleurs, ses pensées ne tournaient qu'autour de Jérémy. La porte claqua. Sur le chemin, Myra imaginait une scène dans laquelle elle lui remettrait sa déclaration. Elle imaginait sa réaction. Comment il lui déclarerait sa flamme à son tour touché par son écrit. Arrivée à l’école, elle retrouva ses amies. Elles papotèrent beaucoup, mais Myra gardait son projet secret. Elle avait prévu de lui donner en fin de journée. Le temps passait trop lentement à son goût, elle qui était une bonne élève avait du mal à se concentrer. Une fois la matinée passée, Myra rentra chez elle pour le déjeuner avec son frère. Son père dormait encore. Sa mère avait préparé des steaks hachés et des pâtes pour les deux enfants. Myra alluma la gazinière et réchauffa le déjeuner. Le repas terminé, elle alluma la télé pour regarder les dessins animés du midi avec son frère.
— Eteignez moi cette télé, vous ne voyez pas que je dors ! criait son père de la chambre.
Myra baissa le son en espérant que son père n’entendrait plus et ferma la porte. Son père se leva ouvrit la porte, gifla Myra, éteignit la télé et partit se recoucher. Myra avait les larmes aux yeux. Théo s’approcha et lui fit un bisou sur la joue.
— Ce n’est pas grave Myra. Aller, vient on va à l’école.
Myra alla dans la salle de bain pour rincer son visage et faire disparaître ses larmes. Elle prit ses affaires et sortit avec son frère pour retourner à l’école.
Cet après-midi, c’était E.P.S., avec pour thème : la balle au prisonnier. C’était un moment qu’elle aimait car elle s’amusait bien en générale. Myra en profita d’ailleurs pour se rapprocher de Jérémy. Finalement, l’après-midi se termina et se fut l’heure de rentrer. Chacun retourna en classe pour récupérer son cartable et noter les devoirs. Myra sortit la lettre. Une fois dans les escaliers, elle profita que Jérémy soit seul pour lui tendre l'enveloppe. Dès que le garçon la prit, elle fila aussi vite qu’elle put. Elle avait peur de la réponse de Jérémy. Elle récupéra Théo et ils rentèrent.
De retour chez elle, elle vit que son père l’attendait avec une feuille dans la main. Elle comprit : elle avait oublié de jeter les brouillons. Elle fit mine de ne rien avoir vu.
— Myra ? C’est quoi cette lettre ?
Il lut des passages à haute voix d’un air moqueur. Myra baissa la tête et ne répondit pas.
— Je vois que tu t’es lâchée ! C’est qui ce Jérémy ? Et surtout, ne me dis pas que c’est pour un devoir !
Il froissa et la jeta sur le sol rageur.
— Ça, c’est à cause de la télé et toutes les conneries que tu regardes ! Je suis sûr que ta mère te farcit la tête avec ses putains de romans rose ! Non mais franchement, je n’ai pas annulé ton avortement pour avoir une pute coureuse à la maison. ! Comment  tu seras plus âgée ? Vas plutôt m’acheter mes bières ! Aller dégage !
Elle ne répondit rien et prit l’argent. Avant de partir lui cracha :
— Plus de télé, plus de bouquins, tu auras juste le droit de lire tes cours et surtout tu ne sortiras plus !
Elle ferma la porte et laissa ses larmes couler.
La soirée continua avec son père qui répétait les quelques phrases de sa lettre en la maudissant. Myra ne pleurait pas, elle ne voulait pas le laisser gagner. Elle alla au lit, et écrivit dans son journal sa petite phrase magique :
« Mon Dieu, faites de moi un oiseau que je puisse m’envoler loin, très loin d’ici. »
Elle s’endormit incomprise, le cœur gros.

6.

C’était le début du weekend, Myra se leva et s’occupa de son frère. Encore sous le coup de l’interdiction de télé, elle retourna dans son lit pour bouquiner discrètement. Elle savait que la journée serait longue, Monique était à l’hôpital pour se soigner. Une fois son père réveillé, elle prépara le déjeuner et mangea avec Théo. Une fois tout rangé et la vaisselle faite, elle partit jouer avec son frère dans la chambre, laissant son père seul avec la télé et ses bières. Myra proposa à son frère d’aller à la bibliothèque pour écouter une conteuse. Il accepta. Elle demanda la permission à son père qui maugréa un : — Oui, dégagez !
La bibliothèque était à cinq minutes à pied de la maison. Une fois sur place, elle salua les bibliothécaires. Tout le monde la connaissait, Myra était une dévoreuse de livres. Elle prit place avec son frère et les histoires commencèrent. Ils passèrent ainsi l’après-midi à écouter des contes et légendes de plusieurs pays. Ils avaient adoré. Théo en avait les yeux qui brillaient. De retour chez elle, sa mère était rentrée. Elle avait les yeux rouges, son père buvait sa bière, un silence pesant régnait. Myra regardait ses parents sans comprendre. Sa mère prit la parole.
— On vient de nous appeler pour nous dire que Monique est morte, ma puce.
C’était lâché, le mot fatidique était dit. Myra ne comprit pas toute de suite. Elle se dirigea vers son lit et pleura dans son oreiller, en silence. Elle était seule désormais. Théo était triste et sanglotait dans les bras de sa mère. Myra avait l’impression que son cœur aller exploser. Elle ne comprenait pas pourquoi Monique était partie. Pourquoi la vie s’en était prise à elle ? Son père sortit, Myra retourna dans le salon. Nadine l’autorisa à regarder ses dessins animés. Myra ne suivait pas les personnages colorés qui bougeaient sur l’écran, elle pensa à cette année. La seule année où elle aura profité de sa marraine. La seule adulte qui l’écoutait et la comprenait. Monique ne se moquait jamais d’elle quand elle était triste devant un animal blessé ou un homme sans domicile. Elle lui avait dit un jour qu’elle était hypersensible. Elle se souvint aussi des gâteaux faits maison, du pull qu’elle lui avait tricoté. Elle parcourait un à un ses souvenirs afin qu’ils restent graver à jamais. Tous ses fragments de mémoire lui firent monter les larmes aux yeux. Ils dînèrent et regardèrent un film ensemble, malgré tout Myra restait toujours absente, elle pensait au vide laissé par Monique, au fond d’elle. Le film terminé, les enfants allèrent se coucher. Avant de dormir elle prit son journal :
— Monique, vient me chercher et emmène mois avec toi. S’il te plait, ne me laisse pas seule ici.
Elle s’endormit les larmes aux yeux.

7.

On était dimanche, le jour de congé de Nadine. Afin de changer les idées aux enfants, elle avait décidé de les emmener au parc. Elle ne les voyait que très rarement et chérissait les moments qu’elle passait avec eux. Après le déjeuner, elle les habilla et les emmena au Jardin des Plantes. Le chemin, Myra lui raconta sa semaine, en omettant les mauvais moments. Arrivé au parc, Théo courut jusqu’au château en bois en laissant sa sœur et sa maman sur le banc à discuter. Myra partit à son tour faire de la balançoire. Elle aimait beaucoup cette impression de décoller du sol et voler, mais ce jour, elle pensait surtout à Monique. Pendant ce temps-là, Nadine bouquinait. Au bout de quelques heures à courir et s’amuser, les deux enfants revinrent vers leur mère pour demander à boire et à manger. Nadine, telle la mère attentive qu’elle était, sortit de quoi faire un goûter : biscuits au chocolat, bricks de jus de fruits. Une fois repus, les deux enfants repartirent jouer en faisant un câlin à leur maman.
La soirée approchant, Nadine appelait ces enfants pour rentrer. Myra arriva vite et comme à son habitude Théo se défilait. Il était grognon à cause de la fatigue. Il s’était beaucoup dépensé et n’avait plus la force de marcher. Nadine prit son enfant dans ses bras. Au milieu du chemin, n’en pouvant plus elle le reposa à terre. Théo, qui avait repris du poil de la bête, se remis à courir. Soudain, Théo hurla, Nadine chercha son fils du regard, celui-ci était sur le sol les doigts sous un potelet marron. L’objet métallique n’était plus fixé au sol et quand le garçon avait voulu tourner autour, il lui était tombé sur les doigts. Nadine souleva le potelet et dégagea les doigts de son fils qui étaient violacés. Elle prit l’enfant dans ses bras et l’emmena aux urgences les plus proches.
Théo n’avait rien, ses doigts n’étaient pas cassés. Les médecins lui avaient posé une attelle et donner quelques antidouleurs. Myra était rassurée, son petit frère n’avait rien, juste un gros bobo.
Il faisait nuit, ils avaient passé beaucoup de temps aux urgences. Nadine portait son fils endormi dans ses bras, il était épuisé. Une fois arrivée à la maison, les événements s'enchaînèrent rapidement. Le père gronda et demanda à sa femme la raison de ce retour tardif. Lui avait passé sa journée devant la télé à boire ses bières. Nadine transporta le petit dans son lit sans répondre. Son mari la suivit et remarqua les doigts violacés de son fils, enfermés dans l’attelle. Là, il devint incontrôlable, il demanda des explications et commença à insulter sa femme, la traitant de traînée et de bonne à rien. Nadine commença à se mettre à pleurer en lui expliquant ce qui était arrivé. Cela n’arrêta pas l’homme qui après les mots se mit à donner des coups. D’abord il la secoua violemment, ensuite il la gifla. Nadine s’écroula sur le sol et au lieu de se calmer, il la frappa à coups de pieds. Myra comprit que son père était devenu incontrôlable. Elle se pleura et hurla en priant pour que tout ceci s’arrête. Sa tête lui faisait atrocement mal, comme prête à exploser.
— Tu vois Myra, c’est à cause de ta mère tout ça ! Elle est nulle et inutile, tu ne dois pas l’aimer, tu ne dois pas la considérer comme ta maman.
Nadine sanglotait sur le sol meurtrie. Elle n’était responsable de rien et pourtant elle se retrouver traiter comme une moins que rien devant ces enfants. Une fois que toute sa rage fut évacuée, le père de Myra retourna devant sa télé. Nadine essaya de se relever, Myra accouru et tenta de l’aider. Nadine ne dit rien. Elle s’occupa de sa fille et recoucha son fils qui s’était réveiller en pleure, sans se plaindre. Une fois dans son lit, seule, Myra se remit à pleurer en silence, sa tête la faisait atrocement souffrir. Elle supporta la douleur, sans un mot, comme sa mère. Elle attrapa son journal et écrivit, les larmes se mélangeant à l’encre :
« Monique, pourquoi est tu partie ? Viens me chercher ! Donne-moi des ailes pour pouvoir partir loin d’ici. »
La douleur se fit de plus en plus forte, elle ferma les yeux et réussit à s’endormir.
Quelques temps après, Myra se réveilla, elle voulait aller aux toilettes. Elle avait un peu peur mais se leva malgré tout. Sur le chemin, elle remarquait une lumière dans la cuisine. Elle ouvrit la porte et faillit hurler, une femme lui tournait le dos.
Elle voulut fuir mais la femme se retourna et elle reconnut Monique. La joie lui remplit le cœur, elle courut dans les bras de sa marraine.
— Monique ! Je croyais que tu étais…
Monique sentit son cœur se serrer. Elle prit conscience du monde dans lequel vivait sa petite protégée. Myra, toujours souriante, préférant la poupée nue dans une boite cassée au lieu de la belle toute neuve. Elle qui pensait à son frère, à sa mère et aux personnes malheureuses dans monde. Finalement, qui avait pensé à son petit cœur à elle, à ses blessures ? Elle était revenue pour ça !
— Myra, est-ce que tu veux bien venir avec moi 
Myra sourit et lui prit la main. Elles sortirent toutes les deux de l’appartement et disparurent.
Au petit matin, un cri strident raisonna dans l’immeuble à côté de la Gare d’Austerlitz : une mère avait retrouvé sa petite fille sans vie. Elle était décédée durant son sommeil.

Prologue

« Myra, petite fille de 10 ans a succombé à un AVC hémorragique. »
Le docteur Howe ferma le dossier. Il s’assit à son bureau et chercha des informations sur sa patiente.
— Encore une enfant partie trop jeune à cause de ce monde horrible.
Il avait appris l’histoire de cette petite fille. Un père violent inculpé pour homicide involontaire et qui risquait de rester un petit moment en prison. Une maman qui avait réussi à obtenir une injonction d’éloignement à l’encontre de son mari pour elle et son fils.
— Finalement, si elle n’avait pas eu cet accident, les choses auraient pu continuer comme ça éternellement.
L’homme sortit de son bureau, éteignit la lumière et rentra chez lui, le cœur lourd.
Quelque part, dans Paris une petite lumière blanche s’envola et disparut en chuchotant :

— Merci Monique…
My.



Sérénité



1 commentaires:

thierry N a dit…

L'histoire est bien écrite mais c'est quand même très sombre et ça manque de gaieté ce récit.